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dimanche 18 janvier 2009

Romans made in New York - Arte


Jeudi. Après un film de Woody Allen, documentaire très excitant sur le roman new-yorkais.

Les interviews sont inégales : Jay McInerney ne sert à rien sinon à parler de lui au passé : oui moi et Bret on a fait les 400 coups. A côté de ça sa littérature est indigente. Il faut choisir.
Jonathan Safran Foer a le discours le plus lucide, ses réponses sont absolument séduisantes. Je me souviens avoir entamé sans jamais finir Tout est illuminé, pourtant c'était pas mal, je comprends pas pourquoi j'ai arrêté, si quelqu'un s'en souvient. Avec Julie on réutilisait une expression du livre "disséminer ses numéraires", ce qui voulait dire "dépenser son argent", le livre est très spécial, tout est basé sur un langage complètement réinventé, enfin l'histoire est plutôt compliqué et fait l'effet d'une mise en abîme puisqu'écrit par le traducteur de l'écrivain. Il y a un film avec Elijah Wood. Safran Foer ou le new-yorkais qui trouve que Jay McInerney et Bret Easton Ellis "sont des écrivains faciles" et dont on ne se souviendra pas dans 20, 30 ans. Comment peut-on ne pas aimer un tel mec ? Je crois que c'est le premier homme que je rencontre et qui n'aime pas BEE. Ce mec c'est moi en mec, c'est ma vision de la littérature et de l'écriture. Sauf que sa nana arrive un peu plus tard dans le documentaire, elle s'appelle Nicole Krauss, son Histoire de l'amour repose en paix sur ma table de nuit, pas loin du Tout est illuminé. 2,30€ chez Boulinier, en nrf, impeccable. En feuilletant ça m'a paru fade mais trop de bon retour pour ne pas être tentée, son discours n'est pas convaincant, oscille entre lucidité et banalité. Je lui accorde le bénéfice du doute.
Vous trouverez aussi Rick Moody et Jonathan Franzen, rappelez moi qu'il faut que je pense à les lire un jour. Le premier est marrant, quand la journaliste lui dit "il y a beaucoup d'écrivains habitant Brooklyn", il répond "si je jette d'ici une pierre par la fenêtre elle touchera un écrivain".
Petit passage sur le 11 septembre, inévitable.

En streaming pendant encore quelques jours sur le site de Arte : http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=2385764,scheduleId=2358844.html

Sinon je l'ai enregistré

mercredi 31 décembre 2008

"Quand on aime la vie, on ne lit pas."

Ce n'est pas une biographie mais un essai où l'on essaye d'aller au fond des choses, de tirer le portrait et le bilan d'un homme qui a écrit. Mais en lisant ce livre on se rend très vite compte qu'il est d'abord un portrait en creux de l'oeuvre de Michel : tout les partis pris de Lovecraft sont l'exact inverse des partis pris de Michel Houellebecq.
Il y a cet homme qui a pour discipline de n'écrire que par pur dilettantisme là où l'autre se rend compte qu'il gagne suffisamment avec ses livres pour ne plus travailler. (Ennemis Publics) D'un côté, un homme qui refuse de s'abaisser à parler d'argent et de sexe dans ses livres et qui préfère ne voir en l'homme qu'une usine à sensations. De l'autre, sexe et argent, thèmes essentiels dans l'oeuvre houellebecquienne, l'idée de libéralisme sexuel constituant le fil rouge de toute son oeuvre.
Houellebecq doit à Lovecraft l'insertion de descriptions scientifiques au sein du roman pour expliquer sentiments et comportements, ce qui a pour effet de réduire l'homme à ce qu'il a de plus animal en lui ou pire encore, à un ensemble de particules élémentaires. Il y a dans ce bref essai l'extrait d'une lettre envoyée à la seule compagne que Lovecraft a eu, elle peut faire penser au commentaire qu'aurait pu faire une voix-off par-dessus les images d'un accouplement humain. Houellebecq aime bien user de cette écriture documentaire pour parler de l'homme, il sait alors qu'il fait mal et que devant la véracité de ses propos rien ne pourra lui être objecté. Dans cette lettre on retrouve aussi le thème cher à Michel de la lente dégradation des corps, Lovecraft de toute façon a choisit de voir le corps comme un simple lieu traversé de sensations provoquées par des situations qu'il prend plaisir à décrire pendant que Houellebecq voit en sa dégradation l'origine de tout les malheurs humains,
"il ne reste plus que la maladie, la vieillesse et l'attente de la mort". Ce sera fascination morbide contre omission volontaire. Dans le roman houellebecquien l'état du corps influe directement sur la nature des sentiments. La jeunesse est le seul moment du bonheur, la vieillesse est le moment d'une souffrance sans nom et sans répit. Ce qui donne lieu à la contemplation fascinée de la décrépitude des corps qui va de pair avec un dégoût amer à l'égard d'une société aux codes dictées par le jeunisme, ce qui prive définitivement ses personnages vieillissants de tout accès à l'amour et au bonheur. Le roman houellebecquien sera l'occasion d'une parenthèse d'espérance, l'illusion d'un secours divin pour ses personnages, jusqu'au retour à un désespoir encore plus lourd qu'au début.
"Jeunesse, beauté, force; les critères de l'amour physique sont exactement les mêmes que ceux du nazisme."
On comprend que Lovecraft choisit le fantastique pour mieux refuser le réalisme, l'estimant sans intérêt, primaire et méprisable. Le fantastique comme un refus, ou comme un refuge.

vendredi 31 octobre 2008

Des nouvelles du Fordisme

Les nouvelles on dit que c'est des "récits courts", ce qu'on ne dit pas c'est que les nouvelles nous paraissent toujours trop longues. La nouvelle n'a déjà pas tellement d'ambitions, il manquerait plus qu'elle s'éternise. Richard Ford écrit des nouvelles quand il n'écrit pas des sagas, il a eu le prix Pulitzer pour son roman "Indépendance", en écoutant le masque et la plume j'avais mis tout en oeuvre pour retenir son nom et puis ensuite, j'avoue, j'ai acheté le Transfuge sur lequel il était en couverture. Richard en blanc, Ford en jaune, un nom de ricain qui promettait une écriture tout aussi américaine, merde, j'adore la littérature américaine.

Dans l'article on le comparait à Raymond Carver, petites fables du quotidien, le bonheur d'un bon café avant une journée de travail, la réconciliation du fils avec le pater familias, des trucs dans le genre, quand c'est bien fait c'est ce que je préfère, c'est ce sur quoi se rue en premier mon petit coeur littéraire adolescent, rouge comme la couverture de l'attrape-coeur (ok j'arrête), je réserve le reste de la littérature à des jours plus glorieux pour mon ouverture d'esprit (science-fiction, j'arrive).
Je saurai pas vous dire ce qui cloche chez Carver et chez Ford et chez Fitzgerald par la même occasion, je me sens pas dans un bon jour pour vous faire une critique constructive, quand je relis ce blog je me trouve globalement assez médiocre, je manque de méthodes, la situation initiale arrive difficilement à progresser et j'imagine que je n'ai jamais donné envie à quelqu'un de lire un livre ou de voir un film, à la limite j'ai dû vous réveler l'existence de tel groupe ou de tel écrivain et puis basta.
J'en parlais un peu plus bas, le problème est définitivement dans les personnages, en trois mots et demi ça pourrait se dire : ON N'Y CROIT PAS, tout simplement. Vous dire pourquoi, c'est un peu difficile, disons que ce serait comme si le visage de l'écrivain (un peu comme sur la couv de Transfuge) apparaissait en surimpression sur le décor ou encore mieux, comme si les personnages évoluaient, mais sans visages, c'est exactement ça, voilà, à la limite vous pouvez vous arrêter de lire ici => .

Chez Ford (ils vous offrent la clim, lol) le gros point fort se trouve dans la subtilité, la pensée rafraichissante au milieu de tout un décor un peu bancal et répétitif, chambre d'hôtel quand ce n'est pas la grande résidence d'Esther, avocate désabusée à la poitrine exprimant le contraire, qui plus est harcelée par son beau-frère, on s'imagine Ford dans sa grande maison en bois avec le drapeau américain qui slalomme dans le vent, appelant sa femme, "hey Rebecca, regarde, viens un peu, j'ai trouvé une phrase pas mal, pas mal du tout bébé", phrase qui 5 ans plus tard se téléporte jusqu'à Courbevoie, magie de la littérature sans intervention d'internet, wow,
exemple de phrase pas mal :

"Henry (l'américain, ndlr) aimait lire la presse canadienne, tout ces articles au sujet de ce qui allait de travers sans qu'il ait à s'en préoccuper"
"Le panneau vert était en vue. AEROGARE/AIRPORT. Quelle corvée de tout écrire en double"
ou encore, mais cette phrase est peu compréhensible sans ce qui précède, dites vous juste qu'il est au lit avec sa maitresse et qu'il pense à tout ces bons moments, le mec est un peu vieux :
"Et il pensa : où cela avait-il disparu dans ma vie? Comment le conserver? Puis il se dit : mais non. Cela ne se conserve pas. Tu le prends quand c'est offert".
Dans le contexte ça a forcément plus de gueule.
En fait, parce que ma pensée évolue assez vite, ce que ces écrivains préfèrent par-dessus tout, c'est revenir sur le passé de leurs personnages forcément chaotique pour expliquer le comportement actuel
ma femme m'a quitté avec mon jardinier => voilà pourquoi maintenant je fais des bêtises
Et puis ce côté "bilan de la vie" qui justifie la propension au renoncement qui (dés)animent les personnages, : on est tous foutus, on a fait des erreurs, le passé est le passé, jouissons de la vie, peu importe ce qu'il nous en coûte, peu importe si ça se fait de manière inconséquente ou encore "j'ai des responsabilités mais je dénoue ma cravate", bref une littérature pouvant se résumer en une très méchante utilisation d'une phrase de Dostoievski initialement réservée à Dieu :
"si le bonheur n'existe pas, tout est permis" et l'écrivain de retranscrire les défaillances, l'envers du décor.
Cherchez moi un livre américain (et vous en trouverez parce que je n'ai pas lu tant de livres que ça) qui ne parlent pas de ça et je vous envoie une lettre par la Poste avec marquée "tu as raison, je ferme ma gueule".

Finalement, je ne vous conseille pas de lire Richard Ford (en dehors de la première nouvelle de 4 pages, éblouissante, et qui figurera dans le prochain radio vernis, là encore je m'occupe de tout), un peu plus Raymond Carver qui fait office de maitre en matière de nouvelles, c'est pas non plus nickel mais au moins ça aura l'avantage de démystifier le personnage. Notons aussi que la couverture de Péchés Innombrables est honteuse, je la censure exprès pour témoigner de mon profond dégoût pour les éditions du Points qui n'ont jamais su faire les choses convenablement, autant pour les résumés que pour les couvertures, c'est assez catastrophique mais je me dis que, finalement, la couverture genre photo Getty Images est assez fidèle au contenu, un théâtre d'archétypes.

Péchés Innombrables - Richard Ford, Edtions du Points, 372 pages, 7,50€

dimanche 26 octobre 2008

The Great Gatsby - F. Scott Fitzgerald

Plusieurs fois j'ai pu lire que Gatsby le Magnifique était un pilier de la littérature américaine, c'est même écrit sur la 4ème de couverture. Alors je m'attendais à une sorte de l'Attrape-Coeurs volume II sauf que je trouve rien à vous dire sauf que c'est plutôt nul, plutôt chiant, en dehors d'un début prometteur et de 2, 3 passages tout comme il faut. Je sais pas si c'est spécifique à elle mais souvent le problème en littérature anglophone (on peut trouver ça chez Douglas Coupland) c'est que les personnages ont souvent du mal à décoller, à sortir du livre, ils restent applatis sur la page comme des autocollants, n'ont aucun relief, aucun visage, sont à peine ébauchés que l'écrivain les fait déjà évoluer à une allure folle. Dans le langage courant c'est ce qu'on appelle un mauvais livre ou comment une lecture vous fait la même impression qu'un gâteau qu'en temps normal vous adorez mais qui pour une fois serait foiré.






Tout de même, une page à retenir...


Gatsby le Magnifique - Francis Scott Fitzgerald, le Livre de Poche, 282 pages, 5€

dimanche 12 octobre 2008

Paris est une teuf - Ernest Hemingway

Commencer par lire "Paris est une fête" avant les grands romans d'Hemingway c'est un peu comme manger un yahourt aux fraises sans jamais avoir goûté le fruit fraise, c'est à dire qu'on passe à côté de la vérité et que si on prend pas conscience de ça on va se dire : Hemingway? Mouais.
Lire les oeuvres mineures d'un écrivain c'est un signe de faiblesse, un signe que les autres oeuvres sont encore trop immenses pour nous, qu'on en entend tellement de bien que là encore on a pas envie d'obéir, alors on prend des chemins détournés, plus confidentiels. Quand on a pas l'habitude on se risque à juger un écrivain à ses petites oeuvres "mineures" et intimes, et puis si on a de la chance on tombe sur un écrivain qui n'a pas beaucoup écrit et qui a écrit l'essentiel de ce qu'il avait à dire en trois livres, son oeuvre est alors plus facile à lire dans son intégralité.
L'écrivain type qui alterne roman important et roman confidentiel, pour moi ça reste Philippe Roth.
Il y a les grands romans : la tâche, la symphonie pastorale, portnoy et son complexe, la bête qui meurt, tout ça tout ça, et puis les autres, les mignons : tromperie, patrimoine, goodbye columbus, quand elle était gentille, etc. C'est vraiment ça, je veux dire on peut vraiment séparer sa bibliographie en deux, prêter un pseudonyme à une des deux périodes.
Ce genre de phénomène montre bien que l'écrivain est tout plein de choses bizarres, pas forcément opposées mais différentes, qu'il peut être grave comme rigolo, s'essayer à l'autobiographie comme à une immense fresque de l'amérique où le "je" ne se trouverait nulle part.
Bon je m'éloigne,
"Paris est une fête" est une sorte de roman découpé en petites histoires qui se sont toutes vraiment passées à Paris puisqu'on y croise Joyce, Picasso, Ezra Pound et tout plein d'écrivains de la Lost Generation, c'est même dans ce livre que le terme apparaît pour la première fois.
Que dire? et bien, si vous aimez le Paris des grandes brasseries et des petits cafés ça devrait vous plaire puisqu'il n'est presque que question de ça, de plaisirs simples (amour, gastronomie, amitié, rayon de soleil dans ta face) narrés dans une écriture tout aussi simple et souvent efficace mais un peu facile dans l'émotion, Hemingway est pauvre mais heureux puisque habitant à Paris et, quand même, "avec 5 francs par jour, à l'époque où pouvez vivre et même voyager". Voilà voilà.

Le livre en trois extraits :

1
"Quand le printemps venait, même le faux printemps, il ne posait qu'un seul problème, celui d'être aussi heureux que possible. Rien ne pouvait gâter une journée, sauf les gens, et si vous pouviez vous arranger pour ne pas avoir de rendez-vous, la journée n'avait pas de frontières. C'était toujours les gens qui mettaient des bornes au bonheur, sauf ceux, très rares, qui étaient aussi bienfaisants que le printemps lui-même."

2
"Vous pouvez acheter soit des vêtements soit des tableaux, dit-elle. C'est tout le problème. Sauf les gens très riches, personne ne peut acheter à la fois les uns et les autres. Ne faites pas attention à la façon dont vous êtes habillés et encore moins à la mode, et achetez des vêtements qui soient solides et confortables, et l'argent que vous aurez économisé vous servira à l'achat de tableaux."

3
"LA FAIM EST UNE BONNE DISCIPLINE
Il y avait de quoi se sentir très affamé, quand on ne mangeait pas asez, à Paris; de si bonnes choses s'étalaient à la devanture des boulangeries, et les gens mangeaient dehors, attablés sur le trottoir, de sorte que vous étiez poursuivi par la vue ou le fumet de la nourriture. Quand vous aviez renoncé au journalisme et n'écriviez plus que des contes dont personne ne voulait en Amérique, et quand vous aviez expliqué chez vous que vous déjeuniez dehors avec quelqu'un, le meilleur endroit où aller était le jardin du Luxembourg car l'on ne voyait ni ne sentait rien qui fût à manger tout le long du chemin, entre la place de l'Observatoire et la rue de Vaugirard. Une fois là, vous pouviez toujours aller au musée du Luxembourg et tous les tableaux étaient plus nets, plus clairs et plus beaux si vous aviez le ventre vide et vous sentiez creusé par la faim. J'appris à comprendre bien mieux Cézanne et à saisir vraiment comment il peignait ses tableaux, quand j'étais affamé. Je me demandais s'il avait faim, lui aussi, lorsqu'il peignait; mais j'en vins à penser que, peut-être, il oubliait tout simplement de manger."

PS : la couverture n'est pas vraiment celle qui s'offrira à vous au moment de l'achat, elle est mille fois plus moche et j'ai du mal à la trouver sur le net.

Paris est une fête - Ernest Hemingway, 241 pages, Folio, 5,04€

jeudi 18 septembre 2008

Brave gars

J'ai presque un défaut, un défaut qui ne gêne que moi (beaucoup de mes défauts ont cette caractéristique-là, c'est une de mes qualités): quand une émission coul passe à la télé et que je suis claquée je préfère tenir encore un peu grâce à mes réserves d'énergie cachées et regarder l'émission en question plutôt que de dormir. Une bonne émission ça me tient toujours en éveil. Hier quand j'ai appris que Bégaudeau et Laurent Cantet seraient chez Taddéi je me suis arrangée pour être à l'heure au rendez-vous : en pyjama, les devoirs faits, la douche prise, la bouffe au fond du ventre, les réveils programmés. Tout était bien.
L'entretien était ensorcelant, un vrai petit gâteau au chocolat pour le cerveau. D'un côté Laurent Cantet et sa tête qu'il n'arrête pas de secouer, de l'autre, Bégaudeau qui lui n'arrête pas de la pencher, au milieu, Fred qui a comme à son habitude overbossé le sujet.
Le miracle : l'éloquence inégalable de Bégaudeau, sa façon si musicale de dérouler les vérités, de viser juste, autant dans ses idées que dans le choix de son vocabulaire, le recul sincère et évident qu'il possède par rapport à l'ensemble du lot que constitue "Entre les murs" : le livre, le scénario, son jeu d'acteur, la Palme d'or.
Autant dans "Ca balance à Paris" j'ai toujours bien envie de le tabasser, autant ici je le trouve trop séduisant, à croire que ça réussit toujours mieux aux gens de créer plutôt que de commenter les créations.
Le lendemain, sentant que j'allais être interrogée en philo je me suis donné du courage en pensant à la rhétorique de François, en me promettant de l'imiter si jamais le prof annonçait "Mademoiselle Joudet, je vous écoute". Finalement c'est tombé sur Rafael, je me suis penchée vers Julie et je lui ai susurré "j'en étais sûre...c'est parce qu'il est arrivé en retard".

La vidéo de l'émission



Entre les murs, le livre

L'idée du livre était assez simple: une année, une classe, un prof de français, un point de vue. Faire le bilan d'un milieu qu'on imaginait en crise, comme le reste, en crise et d'une crise à la mode, qui pouvait intéresser. Le résultat était un peu faible, assez inutile, proche du degré zéro de l'écriture et surtout du degré zéro de l'effort d'écriture, dépassant rarement celui du simple procès verbal : constatations, déclarations d'une situation.
Tout s'éclipse devant ça, même le style, et sous prétexte que François donnait déjà beaucoup en choisissant le prisme illusoire du réalisme il ne fallait donc pas lui en demander plus, l'objectivité, si rare de nos jours, encore plus rare quand on parle de ce qui se passe "entre les murs" d'une classe, suffisait à justifier son projet. "Il n'y a pas de style mais il y a autre chose", et le lecteur qui baille entre les...lignes. La réalité n'a pas de style, c'est peut-être pour ça qu'elle est si chiante, et de me rappeler une phrase de Matzneff, "Un écrivain c'est une pensée soutenue par un style". Ouais je sais elle est coul.

Entre les murs - François Bégaudeau, 289 pages, Folio, 6,30€

dimanche 13 avril 2008

Ne le lis à personne




La mauvaise littérature, on nous en parle, on connaît des personnes qui la lisent et l'aiment mais on a tout sauf envie de s'aventurer dedans, c'est un mélange de gêne, de dégoût et d'indifférence, ce sont des contrées lointaines et gerbantes où l'impression de passer après plein d'autres lecteurs se fait persistante. On connait ses couvertures et ses principaux acteurs, on sait que Marc Levy aime bien aller chez Guillaume Durand, que Berbard Weber mange des fourmis et que Maxime Chattam est le roi du polar.
De là à croire que la mauvaise litt' pouvait s'échapper des têtes de gondoles, autrement dit l'entrée de ta Fnac préférée entre le nouveau Radiohead et le Dvd de Persepolis, pour se faufiler dans les rayons littérature anglophone. Franchement ça me déçoit.

Récemment, tout à l'heure en fait, j'étais dans le métro en train de lire Martin Eden de Jack London : couverture classe, corpulence imposante façon gros pavé aussi long que la vie, sauf que, j'en étais presque à la page 200 et j'attendais la phrase qui me déciderait enfin à lâcher ce roman plus que moyen, tartiné de bons sentiments tordus et d'héroïsme mou du slibard. Le résumé et la préface nous promettaient l'ascension sociale d'un marin et son suicide qui annonçait celui de Jack London 7 ans après la sortie du roman, le truc tragiculte d'avance avec en bonus une couverture façon Bandini de John Fante.

Et elle était là, la salope



et j'ai eu du mal à contenir un rire qui aurait pu être bruyant si j'avais été chez moi. Je me suis dit que si Jack avait été là il aurait aimé qu'on finisse sur cette phrase et j'aurai été d'accord avec lui, de toute façon j'avais plus assez de force pour continuer.
Je sais pas, à mon avis beaucoup de gens pensent que l'amour est la plus belle chose au monde, même moi parfois quand je repense à des trucs je suis bien tentée de le penser mais ce genre d'idées c'est assez malsain de le formuler en public, tu dois le garder bien cacher dans ton coeur, entre deux artères, entre deux plis du cerveau, mais pas dans un livre.

Alors voilà, franchement je déteste ne pas finir les livres mais là je peux pas faire autrement, comme disait Muse "time is running out", la littérature est aussi vaste que le monde et j'ai pas le temps de m'attarder sur toi Jack, alors on va se quitter page 206 et je jure sur la vie de ma bibliothèque que jamais plus je ne lirai de livre avec écrit ton nom dessus.

Si Alister avait été mon mec il aurait dit à mon livre "qu'est-ce qu'on va faire de toi?" et la question se pose pour tous les mauvais livres dont nous sommes les victimes, que faut-il faire d'eux? les ranger à côté des Houellebecq et faire comme si de rien n'était en prenant le risque qu'une amie s'en approche en demandant "et lui il est bien?"?, les fourrer dans la bibliothèque d'un membre de la famille qui n'angoisse jamais à l'idée que l'harmonie des tranches blanches et régulières soit rompue par celle d'un mauvais bouquin ?, les emmener chez Gibert -la SPA des livres- où l'on touchera 10% de chacun ou attendre qu'un inconscient les réclame sur Amazon ?

excusez moi pour tous ces points d'interrogation, j'en ai horreur mais il me faut une réponse,
les commentaires sont ouverts.




ps : ce n'est pas john fante sur la couverture de bandini.

mardi 25 mars 2008

présentation d'un roman



Denton Welch est un écrivain, j'ai lu son livre "Soleils brillants de la jeunesse" en 3, 4 jours, c'était après les cours et j'étais assez déprimée le jour où je l'ai acheté, j'avais besoin de claquer du fric, beaucoup de fric dans des livres, dans n'importe quoi et pui sa couverture rouge assez moche et son titre énigmatique et pourtant très clair, ces soleils aux pluriel, tout ça m'a plu, il ne m'en fallait pas plus, j'étais vraiment contente de le posséder en échange de 9 euros, de le ramener chez moi auprès des autres, ses nouveaux amis un peu moins neufs que ceux de la Fnac.

Brièvement c'est l'histoire d'Orvil Quin, 15 ans, en vacances avec son père et ses frères dans un hôtel chic, il passe le plus clair de son temps dans la forêt, il découvre un cimetière d'animaux, jalouse les jeunes de son âge qui font du canoë et campe quand lui reste reclu dans son hotêl, il prend le thé, va au bal, achète des babioles chez un antiquaire. Des vacances passées entre la boue et l'eau du bain, des vacances idéales où la solitude est douce et aspire à s'épanouir. Orvil, comme son auteur, a le goût des belles choses et pour ce dernier une obsession avouée pour le tea time comme principal exercice d'écriture : les théières dodues et gorgées d'eau chaude, les douceurs qu'on culpabiliserait presque de détruire à coups de mâchoire, l'invité qui a le privilège de choisir les motifs de sa tasse, le tintement des cuillères sur les soucoupes. Un univers doucement féminin et délicieux qu'on en viendrait presque à s'en lécher les doigts après chaque tournement de pages.
Tout se termine dans le train en partance pour l'internat, la fin du bonheur, la fin du roman, la fin d'un peu tout, mais une fin dans l'enfance, une fin dans un début, ce n'est jamais tout à fait triste.

Denton Welch était homosexuel, et est mort à 33 ans en 1948.
La préface est de William Burroughs.

Soleils brillants de la jeunesse de Denton Welch - 211 pages - 9 € en poche

vendredi 14 mars 2008

Passer l'hiver - Olivier Adam




j'ai toujours été surprise par l'extrême fluidité et rapidité avec lesquelles on lit des livres de jeunes auteurs. Entre deux pavés très sérieux écrits à la plume c'est toujours extrêmement plaisant de lire un tas de feuilles rédigé sur le Mac d'un jeune trentenaire qui mine de rien a des choses à dire. C'est comme ça qu'un Bgbd se lit le temps de deux pauses pipi, un Nicolas Rey en 5 stations de métro et un Olivier Adam le temps d'attendre mon train à la Gare Saint Lazare avec les gens pressés qui me frôlent par provocation.
Olivier Adam, c'est le ptit mec ami des lycéens, le même mec qui a écrit "je vais bien ne t'en fais pas" que je n'ai ni vu ni lu et qui ne m'attire pas plus que ça, peut-être parce que le livre est victime de l'affiche du film en couverture (souvenez-vous on en avait déjà parler ici) et que si on veut l'acheter on est obligé de se taper la tête de la douce et un peu trop belle Mélanie Laurent qui est d'ailleurs maxiénervante dans le dernier Klapisch (lui aussi maxiénervant) ou alors de la BO du film avec cette saloperie de chanson U-turn du groupe Aaron (prononcé "A-rond" si vous n'aimez pas). Mais je veux dire que même si mes jugements sont souvent définitifs et un peu sévères concernant les écrivains et leurs bébés, j'ai quand même acheté "Passer l'hiver" parce que bon, j'avais besoin de modernité et aussi de retrouver cette lointaine époque de mes 13 ans où je lisais Nicolas Pages, Alexandre Lacroix et Martin Page et dont il ne me reste pas le moindre souvenir sinon la preuve matérielle que je les ai lus.

"Passer l'hiver" c'est donc 167 pages de nouvelles en gros caractère, bien foutues, bien écrites, presque sans style et où toute la beauté réside dans les images simples et délicieuses qu'Olivier Adam provoque dans nos têtes, des phrases-mouvement, un peu triste, proches de "Fragments de la vie des gens" de Régis Jauffret que je viens de recommencer et de finir, sans le côté "au fond du gouffre" complètement déprimant de ce dernier taré lucide.
Olivier ce serait plutôt "au bord du gouffre" si vous voulez.


Ci-dessous un extrait qui vaut son pesant de chips au bacon :

Quand je suis rentré, les filles n'étaient pas encore habillées, leur mère était au boulot, elles m'ont sauté dessus, se sont accrochées à mon cou, je les ai envoyées dans leur chambre, leur ai dit de se préparer, elles ont monté les escaliers à quatre pattes en poussant des cris idiots. Je suis allé dans la cuisine, j'ai mis des frites au four, fait griller des steaks avec des ognions, coupé les tomates, le fromage, aspergé le tout de ketchup. J'ai collé tout ça entre deux pains, sorti une grande bouteille de Coca . Elles ont déboulé dans la cuisine, ont hurlé de joie en contemplant leurs assiettes.
Une chose était sûre, côté hamburgers j'assurais."

en vert le truc parfait, en rouge le truc en trop


Un jour il faudra qu'on parle de l'importance de la bouffe en littérature.


Passer l'hiver d'Olivier Adam sorti chez Points, 167 pages - 5,50€

jeudi 6 mars 2008

Pas si inutile que ça




J'adore les vacances, ça fait ressortir mon authenticité et mes projets en mousse.

lundi 25 février 2008

pour être heureux

Dean Moriarty et Carlo Marx consacrent leurs nuits à passer au crible tous les moindres détails de leurs vies, s'avouant mutuellement ce qu'ils pensaient, les idées qui les traversaient lors de moments passés ensemble. Ils démêlent les malentendus, clarifient les zones d'ombre, entretiennent leur amitié et ce jusqu'à 6h du matin, toujours aussi religieusement assis l'un en face de l'autre, en tailleur sur un lit, maintenus en éveil par l'excitation que peut procurer l'idée d'une confidence, l'idée d'être sincère.

J'imagine que si on prenait tous le temps de faire ça avec les gens qu'on tient à garder près de nous le plus longtemps possible et bien ça marcherait.

Sur la route - Jack Kerouac

vendredi 1 février 2008

Tropique du Capricorne - Henry Miller



Henry Miller raconte qu'à chaque fois qu'il effectue un trajet, commence dans sa tête l'écriture d'un livre. Je me rend compte que ce même phénomène se produit chez moi. C'est simple : à chaque fois qu'il s'agit de marcher jusque chez moi, jusqu'au lycée, jusqu'au métro, toujours sans baladeur mp3, les mains agrippés à la sangle de ma besace, mon esprit se met à travailler comme jamais, à la façon d'une machine à laver qui arrive à la fin de son programme et qui tape un dernier sprint avant de s'arrêter. Mes meilleures pensées me sont toujours venues soit pendant ces pénibles et interminables trajets (j'ai failli dire "promenade" mais il s'agit ici de trajets qui me sont imposés, je ne prend pas l'air) soit les soirs d'insomnie, allongée dans mon lit à attendre que ça vienne.
Ces pensées sont tellement mais tellement nombreuses que quand je n'ai pas de quoi écrire, je m'efforce de toutes les retenir au moyen de mot-clés, une fois chez moi je bondis sur mon carnet, saisissant au vol un Bic débouchonné dans mon pot de crayons, et je recrache tout en pensant qu'un jour tout cela constituera la base d'un roman, enfin d'un truc important pour moi et pour les autres. Sinon ça m'arrive très souvent de les écrire dans les brouillons SMS de mon portable.

Danc l'extrait ci-dessous Henry Miller parle de ce livre désincarné mais aussi d'évasion, de sa profonde haine du travail (omniprésente dans le livre) mais aussi et surtout de l'envie comme de l'urgence d'écrire. Vous n'êtes pas obligés de lire ce passage, je vois bien que c'est long mais je me disais que beaucoup d'entre nous connaissent ce phénomène-là. Ca me fait penser à Douglas Coupland qui racontait que chaque individu portait une lettre en lui et qu'on pourra la lire seulement si tout au long de sa vie on arrive à être un tant soi peu sincère envers nous-même. souvent j'ai l'impression que toute mon attention et mes forces convergent vers la lecture de cette lettre, de ce livre, comme une obsession.

"Ce que j'avais commencé au milieu du pont de Brooklyn, c'était ce qu'inlassablement j'avais commencé et recommencé autrefois, quand je me rendais à la boutique de mon père : une représentation qui se répétait jour après jour, comme en transe. En un mot, ce que j'avais commencé, c'était un livre - le même livre toujours. Un livre d'heures, le livre de l'ennui et de la monotonie de ma vie, au coeur d'une activité de bête fauve. Durant des années, je n'avais pas pensé une seule fois à ce livre que j'écrivais pourtant chaque jour, de Delancey Street à Murray Hill. Mais en traversant le pont, le soleil couchant, les gratte-ciel luisant doucement comme des cadavres phosphorecents, les souvenirs du passé sertis dans ce paysage...les souvenirs...je me revois passant sur le pont pour me rendre à mon travail, qui était la mort, et le franchissant à rebours encore, pour regagner un foyer qui était une morgue, me récitant Faust par coeur tout en regardant le cimetière en bas, crachant sur le cimetière du haut du métro aérien, et le même employé sur la plate-forme tous les matins, une espèce de crétin, et les autres crétins le nez dans leurs journaux, de nouveaux gratte-ciel en construction, tombeaux tout neufs où travailler et mourir, les bateaux défilant en contrebas, "Fall River Line", "Albany Day Lane", pourquoi diable vais-je travailler ? que ferai-je ce soir ? [...] peut-être chaque fois qu'il m'arrivait de passer là-haut, quelque chose se mettait-il à me haler, me pressant d'en finir et de me faire connaître du monde; toujours est-il que chaque fois qu'il m'arrivait de passer là-haut j'étais véritablement seul, et chaque fois le livre commençait à s'écrire de lui-même, hurlant les choses dont je ne soufflais jamais mot, les pensées que je ne formulais jamais, les entretiens que je n'avais jamais eus, les espoirs, les rêves, les illusions que je ne voulais jamais avouer."

mercredi 30 janvier 2008

Du côté de chez Swann, suite et fin.

je vois les choses comme ça :

Combray > nostalgie pastorale, les églises, le côté de Guermantes, le côté de Méséglise, les clochers, les fleurs, le soleil dans les fleurs, les lacs, l'obsession du baiser avant de dormir, doute sur ses dispositions à être écrivain.

Un amour de Swann > mondanités, quelques petites vérités sur l'amour, Swann, le thé, le théâtre, le "petit noyau", Paris, "la petite phrase", Odette de Crécy, le mystère de sa vie qui lui fait l'aimer.

Nom de pays : le nom > nostalgie urbaine, les Champs Elysées, l'appartement de Swann, les chapeaux, l'amour pour Gilberte, le mystère de sa vie qui lui fait l'aimer, les Swann, la bille d'agate, Bergotte, l'élégance, le Bois de Boulogne, opposition entre les yeux du corps et ceux de la mémoire, réalité/imagination.

la fin est remarquable, je vois toujours l'ultime phrase d'un livre comme un gage de qualité, un truc décisif, la seule chose qui restera d'un mois de lecture. c'est ce qui fait que nous lisons souvent la fin d'un livre, comme si la première page avait directement avoir avec la dernière alors que des dizaines de personnages et d'actions attendent d'être lus entre ces deux extrêmes.Ici la dernière phrase est indépendante du reste, c'est une phrase-proverbe, un truc qu'on pourrait trouver dans les sites de citations.

dimanche 27 janvier 2008

une journée dans les bras de Stefan Zweig



Ce mec est incroyable, il arrive à donner à un livre de 120 pages l'épaisseur émotionnelle d'un pavé, et sans en connaître aucune notion, ce qui me frappe dans ce livre c'est l'exactitude des différents états psychologiques des personnages, la complexité des rapports, la simplicité du récit, la beauté sobre d'une histoire intelligente, le samedi passé à me tortiller dans mon lit à lire ce sacré truc, et à rien d'autre.

dimanche 6 janvier 2008

jeudi 3 janvier 2008

KIKOO TRISTESSE


En attendant que mon dos se répare après une nuit tumultueuse à cheval sur deux années, je lis dans mon lit, le dos calé sur mon coussin que ma mère m'a rembourré et qui est maintenant plus épais, plus dur, et c'est agréable. Pour l'instant je suis trop HS pour faire quoique ce soit d'autres, à part peut-être écrire sur les Occupés, mon laptop sur les cuisses.


Françoise Sagan est coul, "Bonjour tristesse" était un bon titre de livre rempli de tendresse, dire bonjour à la tristesse veut dire qu'on l'accepte, qu'on lui sourit doucement le matin en sortant le paquet de corn flakes, les yeux un peu vitreux, la chemise de nuit froissée. Et moi j'aime cette idée.
La pauvre hérite des plus moches couvertures de livres au monde (loin devant celle de Marc Levy) car étant en partie éditée chez Pocket, on connaît la maison pour ne posséder aucun goût en matière d'illustration de première de couverture, il suffit de regarder celles de tous les Salinger qui donne franchement envie de se tuer.


Dans "Aimez vous Brahms..." il est question de l'histoire un peu banale de Paule, une décoratrice intelligente qui a le choix entre l'aventure avec Simon, un BG de 25 ans qui l'aime comme un taré et Roger, un homme de son âge -39 ans- avec qui elle n'a pas besoin de faire d'efforts d'adaptation et qu'elle aime comme une tarée. C'est en fait comme hésiter entre un slim taille basse et le bootcut qu'on porte depuis le collège. Comme Paule, on finit par prendre la valeur sûre parce que nous sommes des girls raisonnables. Paule retourne donc avec Roger, et Simon chiale dans sa chambre en écoutant K-maro, ou Brahms.
Je trouve l'amour chez Sagan déprimant, trop parisien, trop conscient du temps et de la vieillesse, ça me rend triste mais j'aime bien ses livres, car même si elle se complait dans sa tristesse (le fameux "bonjour tristesse") elle reste une personne lucide.
Ici elle nous parle de l'incompatibilité entre deux personnes de générations différentes de s'aimer tout à fait, de fatalité, de la condescendance du plus vieux, de l'admiration du plus jeune.
Ses phrases sont toujours un peu tournées de façon à ce qu'à l'oreille cela rende beau. Les meufs écrivent souvent comme ça, en tenant compte du rythme et de la possibilité qu'un jour on fasse des lectures de leurs écrits dans des théâtres. Quand j'écris des Ouais bon j'imagine une nana les lire à son mec, et le mec ne rien écouter.

vendredi 28 décembre 2007

j'aimerai vous dire de vous souvenir des livres que vous lisez.



J'ai lu "King Kong Theorie" en 2 jours, mais vous pouvez bien le lire en une heure ou deux car moi j'avais d'autre chose à faire comme par exemple :
* aller au cinéma
* manger du riz
* me préparer pour des rendez vous galants
* aller à mes rendez vous galants
* revenir de mes rendez vous galants
* réfléchir à mes rendez vous galants
*écrire sur mes rendez vous galants
et si on ajoute à ça le nombre de fois où j'ai essayé de lire mais où mon regard finissait par se perdre entre deux lignes, et bien ça fait beaucoup de temps perdu.

Despentes est une fille sympa, je lisais son blog avant, je lisais aussi quelques uns de ses livres et ses nouvelles. C'était en 4eme, j'avais peut-être 13 ans , et je faisais découvrir Despentes à Amandine, une de mes copines que j'aimais pas tant que ça, pas plus que moi en tout cas.
Ce que je retiens de Despentes :
- une apparition au Grand Journal en pull bleu pour la promo de King Kong Theorie
- la nouvelle qui raconte l'histoire d'une meuf qui découpe ses bourlets et qui se trouve trop moche
- la nouvelle qui raconte l'histoire d'une meuf qui accouche toute seule chez elle : elle met le bébé dans un sac, elle fracasse le sac sur le mur, partout. mais c'est peut-être pas ça. Ca se trouve dans le recueil "Mordre aux travers" qui je crois n'existe qu'en Librio 2€
- Despentes qui raconte dans son blog qu'elle était au concert d'Adam Green, j'y étais aussi, cette proximité, je l'ai trouvé émouvante.
- Sa réponse à mon mail bidon que je lui avai envoyé, pour lui dire tout le bien que je pensais d'elle.

Je ne me souviens de rien d'autre si ce n'est quelques détails informulables, je ne sais pas si elle écrit bien ou pas, si j'ai un jour aimé sa plume et ses histoires et King Kong Theorie ne m'aide pas à répondre à la question, car ce livre est une sorte d'essai et non un roman, une sorte de "manifeste d'un nouveau féminisme" comme le résumeur dit dans le résumé. Autrement dit, plus la voix que la plume de Virginie.

La préface est un peu trop enthousiaste et ambitieuse, Despentes raconte avec conviction qu'elle écrit pour les cheums, les teubés, les gros, les mal baisés, autrement dit les losers. mais elle essaye un peu trop de nous faire gober qu'être un loser c'est coul.
c'est un peu tout ce qui se passe en ce moment au ciné, dans les séries et la littérature, tout ce mythe du beautiful loser. alors que nous savons tous qu'être un loser c'est la loose, ce n'est ni beau ni drôle, ni intéréssant, ni mignon, ça déprime, ça fait penser à la mort, et le plus souvent il n'y a pas moyen de s'en sortir.
nous sommes un peu tous des losers, il y a des trucs que nous n'avouerons jamais et qui font de nous des perdants (allez je traduis) en puissance. seules les minettes et les bellâtres de 19 ans trop bien sapés que je vois dans le métro ligne 1 le samedi soir vers 23h quand je rentre du cinéma ne sont pas des losers. Le reste : loser, loser, loser, toi aussi là-bas, loser, loser, loser, loser.
Sinon le livre, je vous le conseille, cela parle de pornographie, de prostitution, de viol mais tout convergent vers nous les meufs. Despentes en profite parfois pour subtilement se vanter et raconter son parcours personnel qui semble être -selon elle- un modèle de féminisme et d'émancipation. parfois on a envie qu'elle se taise, parfois on aimerait la prendre dans nos bras tellement elle donne l'impression d'avoir passé sa vie toute seule, devant son minitel, devant les hommes, devant les femmes, devant mtv, devant Canal +.
en dehors du témoignage personnel, Virginie m'a fait prendre conscience de la difficulté à vivre et à s'épanouir pour les femmes dans cette société de trou du cul.
ce livre n'aide en rien, il m'a rendu plus pessimiste qu'avant mais à présent je sais, on m'a tenu au courant et les hommes auront peur, les hommes trembleront, finis les rendez-vous galants, ça va gicler.


Voilà, King Kong Theorie, 150 pages, tout juste sorti en poche, vous l'aurez en échange d'un billet de 5€, vous pouvez même avoir -5% dessus avec votre carte Fnac ou Virgin mais pour cette dernière il vous faudra avoir déjà cumulé plus de 200 points pour en bénéficier. mais quand même, il doit bien vous rester 5€, même après Noël. Je peux aussi vous le prêter, mais d'abord je le file à Julie, elle l'a réclamé en premier.

dimanche 4 novembre 2007


Quelqu'un disait :
"Il vaut mieux avoir tort avec Sartre qu'avoir raison avec Aron"
D'aucuns prétendront devant d'autres sachant pertinemment que cela est faux que ce quelqu'un était un proche de Sartre. Et d'autres enfin ne se souviendront plus vraiment d'aucune personne ayant pu prononcer cette phrase.
Finalement, cela n'est pas très important, puisque ce qui nous intéresse, c'est la première partie de la phrase, celle qui dit : il vaut mieux avoir tort avec Sartre. J'énonce cela comme une base, à laquelle il faut adhérer, quoi que l'on pense de ce qu'a accompli Sartre. Jean-Paul est sympa, c'est un chouette mec, c'est notre ami.

Un jour, je me baladais sur l'internet, et puis je suis tombée scotchée devant une vidéo : c'était une interview de Simone de Beauvoir. A la vérité, quand je l'ai vue, je n'ai pas tout de suite compris que je venais d'avoir une prise de conscience. Mais quelques jours plus tard, j'avais une idée récurrente qui me trottait dans la tête, et je me suis demandé : merde, qu'est-ce qui peut m'avoir marquée comme ça, quelle est cette idée qui me hante toute la journée et qui est présente dans tout ce que je dis et fais ? et c'était cette vidéo.
Ce qu'il y a de formidable chez Beauvoir, c'est qu'elle a de la prestance. Elle sait ce qu'elle dit. On pourra les critiquer autant qu'on veut pour ce qui est d'une philosophie universelle, Sartre et Beauvoir avaient une philosophie personnelle bien définie ; ils avaient des principes. Chacune des phrases du Castor est sublime de cohérence. L'homme lui expose une contradiction dans ses paroles. Sans fléchir, elle réfléchit, et il lui suffit d'une seconde pour définir que ses idées ont évolué, mais qu'elle est toujours d'accord avec ce qu'elle avait dit dans un certain sens. Les questions, elle les balaie, une à une, à une vitesse déconcertante. On a à peine saisi la question qu'on en a la réponse. On sent bien que derrière tout ça il y a un fil de pensées, et des idées mûrement réfléchies, remises en questions et réétudiées par mille fois.
Ma révélation, je me demande encore en quoi elle consiste. Peut-être que Beauvoir m'a confirmé quelque chose. L'idée que vivre est un art, et que pour ce faire il faut suivre une voie particulière et s'y tenir, qu'il faut avoir des principes, savoir dans quel sens on va.

Quoi qu'il en soit, et même si l'article qui accompagne ces liens est vraiment nul, et même si on n'est pas d'accord avec, il serait idiot de ne pas regarder cette interview sans plus tarder :
Partie I
Partie II
Partie III
Partie IV

mercredi 31 octobre 2007

Deux trucs que je n'aime pas dans les livres en général :

1) Quoi de plus immonde qu'un livre ayant une affiche de film en guise de première de couverture?
Moi je dis non, une affiche de film en couverture ça fait tout de suite teubé qui arrive pas à se mettre à la vraie littérature et qui préfère lire des films, et non des livres. Sachant qu'en plus maintenant de plus en plus de livres sont adaptés au cinéma, on se retrouve facilement à confondre le rayon littérature avec celui des DVDs.

Exemple concret : j'ai dû lire "Un secret" pour le lycée et à chaque fois que je le sortais dans le métro je devais assumer la gueule de Patrick Bruel en première de couverture. Putain Patrick Bruel, ça c'est du littéraire, tout de suite connotation songwriting d'exception (il a de faux airs de Leonard Cohen, hein) chanson à textes, Flavie Flament, la grande famille de la variété et de la sous-culture.
Mmhh c'est bien ça.
Tout à l'heure je tombe sur le livre "l'assassinat de Jesse James", l'affiche est canon je vous l'accorde, c'est plutôt une bonne idée dans le sens où la personne qui aura apprécié le film voudra peut-être prolonger d'une toute autre façon les 2 heures 48 de pellicule. Donc voilà, le livre est facilement repérable pour les teubés qui n'auraient pas déjà fait le rapprochement rien qu'avec le titre, peut-être faudrait-il aussi préciser que Brad Pitt ne joue pas dans le livre, ce serait une idée du tonnerre.

2) Virgin aime la démocratie. Son dernier délire en date (qui date d'il y a quelques années en fait) étant de faire réagir le peuple aux dernières sorties littéraires. Vous savez, ces bouts de cartons pastels épinglés au couverture à l'aide d'un trombone et qui sont censés vous donner l'avis très positif de quelqu'un possédant assez d'esprit critique pour vous faire renoncer à acheter le livre en question.
Ajouter à ça l'écriture au stylo pour l'aspect authentique et unique du truc.

Tout à l'heure je suis tombée sur un certain crétin de Samuel qui racontait de son écriture de gaucher qui s'entête à écrire de la main droite que "X nous parle de rock'n'roll comme personne....rock'n'roll never die!"
Oui Samuel, il y a des choses comme ça qui ne meurent jamais, la connerie en faisant partie.
Mais bon, prions pour que vous tombiez vous aussi sur une écriture assez illisible pour finir par être indéchiffrable, ça vous épargnera un dégoût général de la littérature.

dimanche 14 octobre 2007

la vulgarisation de la culture

la culture n'a jamais été aussi présente dans nos vies. que ce soit dans le livre qu'on lit dans le métro, le i-pod tout rayé qu'on charge toute la nuit, les tableaux à Beaubourg qu'on prend en photo avec son portable, notre génération a réussit à en faire quelque chose d'aussi décontracté qu'une paire de Converse : on télécharge comme des porcs, on va au cinéma tous les jours depuis qu'on a une carte illimité UGC, on lit des livres de SF en une nuit, des BDs aux chiottes et on rentre gratos comme les chômeurs dans n'importe quel musée vu qu'on est pas encore majeur. bref, une génération de gamins plus cultivés que leurs parents, des beaux gosses en somme.

nos photos sont là pour témoigner de cette période magique du tout gratuit et du tout accessible, en attendant que les adultes s'occupent de notre cas. et puis elles sont aussi là pour vous conseillez nos coups de coeurs littéraires et musicaux.

Pour cette première, c'est le roman de non-fiction L'année de la pensée magique de la grande Joan Didion qui s'y colle, 270 pages de réflexion sur le deuil que je n'ai d'ailleurs toujours pas fini. Une vraie critique du livre devrait suivre.


Cliquez dessus pour les agrandir, ce sera plus joli

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