Affichage des articles dont le libellé est vie privée vie publique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est vie privée vie publique. Afficher tous les articles

vendredi 18 avril 2008

the winning days are gone



Si la période de mes 12-14 ans devait se résumer à une musique, à un album, à un groupe et à des clips elle prendrait vite la forme d'un V suivi d'un I d'un N d'un E et d'un S.
C'est très par hasard qu'à l'époque de mes 12 ans je découvre le groupe de Craig Nicholls, je m'en souviens comme d'un premier rendez-vous galant : on était au restaurant avec des amis, à la télé MTV, à la télé le clip de "Ride" des Vines, je fais mine de ne m'y intérésser qu'à moitié et pourtant c'est la première fois de ma vie que je ressens la classe d'un groupe me gicler violemment à la gueule, c'était souvent la même impression, on écoute une chanson rock et on se dit que toute cette musique s'y trouve résumée dedans, un peu comme le courrier des lecteurs zelés de Rock&Folk qui tente de la définir un peu bêtement en commençant leur phrase par "Le rock en 2008 c'est..."
Moi je sais juste que le rock en 2005 c'était The Vines et rien d'autres, c'était une époque où mon rapport à la musique était obsessionnel, j'aimais un groupe, je n'aimais que lui, les autres pouvaient bien aller se faire foutre, l'éclectisme et la culture avec.

Le groupe m'initie malgré lui à une sorte de parcours musical initiatique, dans un premier temps c'est comme ça que je découvre, à 12 ans, toute seule, ma première petite grande salle parisienne : l'Elysée-Montmartre, j'apprends des mots "pogo", "slam", je vois de près pour certainement la première fois de ma vie une guitare électrique (que j'arrive enfin à distinguer d'une basse) et même une batterie, j'achète mon premier t-shirt de concert, bien coupé en plus, qui me vaudra d'être remarquée par un paquet de 3ème de l'époque et surtout : un mec en débardeur rouge qui par sa beauté, ses cheveux longs, sa transpiration, son talent, son inaccessibilité me fait souffrir, on pourrait appeler ça "le complexe de la fosse", cet anonymat qui fait mal, l'adoration frustrée, l'impossibilité de glisser à l'oreille du chanteur le nombre considérable de fois qu'on a écouté ses albums, je l'ai ressenti jusqu'à très récemment durant tous les concerts auxquels j'assistais, maintenant ça s'est calmé, ça a même disparu.
Deuxièmement, avec les Vines je découvre le magazine Rock&Folk, une nana sur un t'chat m'avait dit que le groupe y faisait la couverture, je dis à ma mère de m'acheter le numéro et je me retrouve avec les Pixies au lieu des Vines, je lis quand même la revue et finis par la troquer par mon habituel Rock Mag.
Mais avant d'être une initiation aux endroits où se passe la musique, petite salle comme magazine, The Vines c'est aussi 3 albums, un premier album éponyme et parfait acheté 18€ avant le deuxième qu'un garçon de ma classe m'avait offert pour mes 13 ans et qui possède le livret de paroles le plus chiffonné de toute l'histoire de mes CD. Leurs chansons peuvent se diviser en deux parties qui se valent : les chansons très émouvantes où Craig Nicholls oublie de crier et se réconcilie avec la vie et les autres, celles où ils roulent des yeux et où on arrive même plus à compter les figurants dans les clips.

Je peux dater la fin de ma relation avec le groupe le jour où un grand ami de l'époque me dit sur MSN qu'il vient de consulter leur site officiel où l'on apprenait que Craig Nicholls était atteint d'épilepsie et qu'il n'y aurait donc pas d'album avant longtemps, avec cette nouvelle un peu triste je découvre dans la rubrique "videos" le clip bouleversant "Winning Days" réalisé par Michel Gondry où l'on retrouve le groupe reposé et jouant dans la nature, ensuite j'étais déjà passée à autre chose pour consacrer 15€ à un Craig Nicholls jouflu et que j'imaginais médiocre, qui passait d'une pochette multicolore et enchanteresse, à un fond noir et paresseux. C'était les Vines.


le clip parfait en attendant les mp3

mardi 8 avril 2008

Le Post-it virtuel




J'aime les Post-it, plus jeune je collectionnais toutes les formes, toutes les couleurs, j'en avais mêmes des parfumés assez rares. Je me souviens de ma copine de l'époque, Amandine, qui n'avait commandé que ça pour son anniversaire, sa reum en avait sûrement eu pour un tas de fric aussi épais qu'un bloc de Post-it. Elle en avait en forme de nounours, de trèfle à quatre feuilles, des grands rectangles, des petits carrés, des bulles de BD, le paquet multicolore avec 50 roses, 50 oranges et 50 vert, j'avoue j'étais un peu jalouse parce que ma reum n'aurait jamais accepté un tel gâchis, elle a vécu la guerre et la misère sociale, alors 30€ dans des Post-it quand tu peux écrire sur un bout de feuille blanche chiffonnée par un malencontreux bourrage de papier dans l'imprimante ou derrière une facture SFR...
L'esthétique prévalait sur la fonction et le but était d'en gaspiller le moins possible, on se contentait de les regarder, de prendre les petits tas réguliers dans nos pognes, la vie et le bonheur pouvait se résumer à ça. A l'époque mes cop's et moi n'avions d'yeux que pour le papier à lettres Diddl, les Post-it donc, les trousses en fausse fourrure et les stylos parfumés à 2€ la pièce, on était encore un peu attardée, attirée par les formes primaires, les couleurs criades et le goût acidulé des "couilles de mammouth" et des langues de chat.
Maintenant j'ai grandi, le gâchis me fait mal au coeur, un stylo orphelin de son bouchon ne m'angoisse plus, j'ai connu les Post-it en papier recyclé, un carnet à idées ne suffit plus, mes idées sont trop intimes pour que je les colle n'importe où dans ma chambre que je partage avec ma soeur et j'ai trop souffert des documents Word qui se perdaient à cause d'un redémarrage forcé.
D'où le Post-it virtuel, une des inventions du siècle avec celle de la page Netvibes. Ca doit bien faire depuis janvier que je l'ai et depuis janvier qu'il me comble, le truc c'est que tu peux en ouvrir autant que tu veux, que tes écrits se sauvegardent automatiquement, que tu peux changer la police, la couleur, barrer des trucs, en souligner d'autres, agrandir le Post-it et programmer une alarme et tout ça sans la crainte d'arriver au bout du petit tas jaune fluo, sans gâchis, sans soucis, gratuitement, sereinement, avec le sourire.
Pendant ce temps Amandine essaye toujours de liquider son stock.

Le logiciel ici

samedi 22 mars 2008

dimanche 24 février 2008

inspirateur.

le soleil dépose de la poussière partout sur les meubles ou alors rend visible celle qui était posée là depuis longtemps. ça m'a donné envie de tout nettoyer alors j'ai passé l'aspirateur dans ma chambre, le bruit qu'il faisait recouvrait celui du CD de Neil Young. Ma soeur regardait ce que je faisais, surveillait mon travail, elle me montrait du doigt les coins que je négligeais. Je courbais le dos, mes jambes se pliaient dans mon jean. J'ai rangé l'aspirateur, un Dyson jaune et gris, j'étais fière de moi.Ensuite je trouvais pas mes pantoufles alors j'ai enfilé des talons compensés d'été qui trainaient par là. Je me suis maté dans le miroir, la cambrure de mes pieds, et bien c'était pas mal du tout.

vendredi 11 janvier 2008

Janvier : ma wishlist

Je profite de cet espace d'expression pour vous faire part de mes envies, et même si la Fnac ne fait pas de soldes je m'accorde le droit d'avoir envie de lecture et de musique durant cette période.
Qui sait, peut-être que cette rubrique deviendra mensuelle.


vendredi 4 janvier 2008

J'ai trop envie II

le jean est là, il n'est même pas noir, juste brut et taille haute. je le prendrai en photo un jour. je trouve nulle part un t-shirt noir convenable, et je n'aime pas ceux d'American Apparel. Un vrai t-shirt noir a les manches un peu longues, genre 2/4 et elles ne serrent pas du tout le bras. Le t-shirt idéal c'est celui de la meuf sur la pochette Get Ready de New Order.
Là je me prépare pour une pendaison de crémaillère, en attendant que mon masque à l'argile rose sèche j'écoute de la musique.

mardi 1 janvier 2008

Dans 15 jours j'aurai 18 ans


Et je me souviens de mes rébellions précoces, quand la majorité était l'âge où tout devenait possible, celui auquel on pensait en comptant combien il restait sur ses doigts. Même si objectivement son état de grâce a duré peu de temps. Restent quinze jours, l'occasion de faire un bilan par anticipation, forcément incomplet.
.
Ce que je pourrai faire de plus à mes 18 ans :
- Payer en plein tarif au cinéma, au musée et compagnie.
- Sortir de l'hôpital sans la présence d'un de mes parents.
- Renouveler mon abonnement à la bibliothèque toute seule.
- Voter.
- Avoir seule accès à mon compte en banque.
- Avoir une carte bleue pour payer le restaurant à la fin (la classe) ou pour acheter plus rapidement sur internet (pratique).
- Entrer au Luxembourg la nuit par effraction sans faire risquer la prison à mes parents.
- Etre responsable légale d'effrontée si on va au Japon ensemble.
- Considérer enfin que, dans la forme, mon âge me donne un minimum de crédibilité.
- Acheter du bordeaux à Monoprix sans préparer une excuse au cas où on me demanderait ma carte d'identité.
- Avoir en tête que, légalement, je ne dépends plus de personne et que, par conséquent, je suis un poids. Je me ferai peur. Hihi.
- M'arrêter devant les agences immobilières de Paris avec un air concentré et préoccupé.
- Signer moi-même les mots dans le cahier de correspondance ? (enfin je ne crois pas, c'est pas le genre de la maison).
.
Ce qui ne changera pas avec mes 18 ans :
- Je vivrai toujours chez mes parents.
- Je n'aurai pas plus de liberté qu'avant puisque j'ai déjà entière liberté.
- Je dépendrai toujours autant de mes parents, financièrement.
- Je serai toujours en terminale L, avec les mêmes têtes, les mêmes journées.
- Je répondrai toujours "non je ne veux pas entrer" en tombant sur un avertissement de site p0rno.
- Je n'aurai ni plus ni moins d'argent qu'avant.
- J'aurai la possibilité de ne pas partir avec mes parents cet été mais je le ferai quand même.
- Ingrind Betancourt ne se doutera toujours pas de mon existence.
- Je serai toujours une occupée.
- Ma vie dans son ensemble.
.
Nous pouvons donc conclure que, pour l'instant, la liste des possibles à 18 ans est plus longue que celle des inchangés. Malgré tout, il faut nuancer l'analyse finale : si je faisais réellement la liste de ce qui ne changera pas, elle serait la plus longue. Mais comme ce qui ne changera pas ne changera pas, ça reste du domaine de l'évidence discrète et étrangère à mon entendement immédiat. Du coup on fera l'ouverture sur une question à venir (dans un an et 15 jours) : quelle différence entre 18 et 19 ans ? Bonnannée.

samedi 29 décembre 2007

solitude moderne


aujourd'hui il fait particulièrement beau, c'est une journée idéale pour ne pas sortir de chez soi.
j'ai pour projet de passer ce samedi dans ma chambre
à présent les jours de la semaine ne veulent rien dire,
le samedi ne veut plus dire sortir avec les amis
le dimanche ne veut plus dire déprime et devoirs à faire,
je donne la forme que je veux aux jours de ma semaine, tout n'est -en fin de compte- que du temps censé être organisé.
je vais boire du café car je m'endors toutes les minutes, je vais me faire les ongles, finir mon livre et regarder un film sur mon pc.

lundi 3 décembre 2007


vendredi 30 novembre 2007

Mes (a)voeux les plus sincères

Drôles d'événements que les anniversaires. Par principe, je dirais qu'ils ne sont que des conventions, dans lesquelles à tout prix il faudrait ne pas sombrer. Mais, que ce soit par opportunisme ou par sagesse, quand on m'offre de jouer le jeu, je l'accepte, et je fais avec. Dimanche il y aura un déjeuner, et je repousse d'une année ou deux l'idée qu'un anniversaire est insignifiant, parce que j'ai envie d'en profiter tant que ce que j'appelle mes "principes" ne me préoccupe pas encore entièrement, et je me dis qu'une fois que je serai lâchée dans la nature, seule face à mes choix, je m'appliquerai à ne plus marquer tant cette coutume de célébrer le jour de ma naissance. En attendant, un autre principe me dicte de ne pas m'épancher dans la gratuité des actes, et de me faire plaisir tant que je le peux, et il me semble qu'il serait gratuit de refuser de voir ma famille, et que cela ne me ferait pas plaisir que personne ne pense à moi aujourd'hui. D'ailleurs, "profitons tant que l'on peut profiter", et pas au sens où on l'entend couramment, celui qui reviendrait à dire "profite de ton âge parce que bientôt tu ne pourras plus faire ce que tu fais là" : non, plutôt, "profite de ton ignorance parce que bientôt tu en sauras trop pour trouver le bonheur en toute chose". Je me suis déjà ôté tout plaisir de faire la fête par ma désoeuvrante lucidité sur le sujet, probablement accrue par un certain recul social ; alors l'anniversaire y passera plus tard. Et voilà que je parle avec ma conscience, et que chaque mot tend à me déculpabiliser de quelque chose dont personne ne me tient coupable, en-dehors de moi-même. Le poison des principes s'étend dans mon corps. Un moment, je me demande si tout cela n'est pas ridicule, d'autant plus que je n'avais jamais réellement réfléchi au rôle d'un anniversaire, et que, si culpabilité il y a, elle n'est due qu'à un pressentiment. Les principes détruisent et structurent. Je comprends ça lorsque je regarde mon père, car je le sais à la fois satisfait et insatisfait, mais au moins sûr de n'être aucun des deux. Il a structuré sa pensée sur un certain nombre d'idées évolutives, et cela lui coûte parfois, parce qu'en n'écoutant que la part d'humanité qu'il a en lui, il ne suivrait peut-être pas ses principes. Mais le propre de l'homme est justement de structurer ses pensées pour aller dans un sens, et je ne pourrais pas vivre sans cette ligne droite sans direction fixe, parce que simplement, je n'aurais pas été homme, je n'aurais pas exploité ce qui m'avait été donné, alors même que je me plains d'avoir trop de limites. Et je préfère me détruire par des principes que d'être misérable, et de me laisser aller. Je préfère manger des restes pour survivre que de me laisser mourir de faim parce que je me sais mourrante. Et j'ai l'espoir que dans ces restes demeure un miraculeux remède contre ma maladie. Mais cet espoir je le pense d'autre part hypocrisie envers moi-même, et un principe me dicte de ne pas l'être, et de ne me fier qu'à l'instant, sans imaginer des possibilités inexistantes. Je suis donc en constante contradiction. Mon travail est de trouver un moyen de superposer ces principes pour éviter une rencontre conflictuelle ; et alors, peut-être, peut-on dire qu'il n'y a pas de principe donné de façon générale. Le principe des principes, celui que paradoxalement il faudrait ériger de façon universelle et générale, serait peut-être de ne pas appliquer bêtement ses principes, et de les adapter à chaque situation, pour être un minimum flexible. Les principes ne m'apparaissent donc plus ici que comme des moyens pour maintenir la route, celle qu'il faut à chaque instant contrôler pour ne pas trop s'en éloigner, et rester à la fois ouvert à toute évolution mais fidèle à soi.
Maintenant que le poids de la culpabilité s'est évaporé, et que je peux parler librement, dans la limite tout de même des retombées climatiques de cette évaporation, car j'aimerais autant éviter la pluie, je vais enfin arriver à mon but, qui me paraît désormais tellement insignifiant que j'ose à peine l'énoncer. Car toute cette réflexion a en réalité été déclenchée par une parole modeste au possible, et réellement tout ce qu'il y a de plus sincère. C'était au téléphone. Il faut que je décrive un minimum la situation pour que la phrase prenne un sens. Il se trouve que mon grand-père a depuis je ne me souviens plus combien de mois l'alzheimer. C'est un homme dont la vie s'est un peu échappée, parce qu'il s'est marié tôt et un peu par défaut, et qu'il a fait le même travail toute sa vie, et qu'il n'a jamais vraiment eu une grande passion pour les choses. Ce portrait est extrêmement schématique et encore plus mal renseigné, mais dans le cadre de mon anecdote, il se suffira. Ce manque de passion restreint évidemment les possibles sujets de discussion, et comme le sujet de discussion le plus praticable en famille est le souvenir et que sa mémoire lui fait défaut, cela peut provoquer un certain embarras. Ma grand-mère, de son côté, est une femme remarquable, mais autoritaire. Jamais émancipée, autodidacte, généreuse, un peu raciste sur les bords, elle doit maintenant s'occuper de son mari souffrant, tâche qu'elle prend à coeur, et que je la soupçonne d'apprécier. C'était donc au téléphone, et après que ma grand-mère m'a souhaité un bon anniversaire et dit quelques mots - car elle trouve toujours quelque chose à dire, que ce soit à propos d'un noir à la boulangerie qui n'avait même pas l'air si bête que ça ou à propos de prières pour que j'aie mon bac dans six mois - elle me passe mon grand-père, chose qui n'arrive que les jours d'anniversaire, lorsque ce qui importe est de prononcer une phrase magique et non pas d'élaborer une conversation intéressante. Ce qu'il fait : bon anniversaire. Et pour camoufler un peu la platitude de cette phrase, il l'amorce sur le ton d'une conversation qui pourrait durer. Puis un blanc. Derrière on entend ma grand-mère lui souffler ce qu'il doit dire, lui demander de conclure par un "à dimanche prochain" et de raccrocher le téléphone ; on la sent imposante, dans son rôle autoritaire et supérieur. Il s'accroche, et il dit, prévenant : "on a l'air un peu couillons comme ça, ha ha". Et il n'a pas qu'un peu raison.

dimanche 25 novembre 2007

dimanche matin


Je me suis levée à 10h30, j'avais encore mal à la tête. J'ai regardé le bonus du dvd de La Collectionneuse d'Eric Rohmer, un petit documentaire sur la vie des étudiantes en 66, et j'ai fini les 20 minutes de citizen kane qu'il me manquait sur la première version que j'avais téléchargé et j'ai lu des trucs sur le film parce que j'avais pas trop bien compris la signification de la luge. Peut-être que d'un point de vue professionel citizen kane est le meilleur film du monde, moi je l'ai trouvé très bien mais je saurai pas vous dire s'il est le meilleur film du monde. c'est compliqué ce genre de choses et finalement insensé.là je vais prendre ma douche, la peau de mes jambes est trop gercée, ensuite je mangerai une orange, ou alors d'abord l'orange puis ensuite la douche.

mercredi 7 novembre 2007

Une journée (pas) comme les autres

J'ai toujours admiré les gens qui savaient rendre les histoires apparemment sans intérêt très intéressantes. Sur le moment l'illusion est à son comble et puis c'est quand on essaie de re-raconter cette histoire qu'on se rend compte de son manque de consistance. Parfois on peut ressentir la même chose en essayant de résumer un livre. Selon certains cas, on peut avoir été biaisé, car l'histoire n'avait effectivement aucun intérêt, ou bien on peut avoir eu une prise de conscience sous-jacente, et comprendre un détail simple qui prend alors une signification essentielle. Basés sur cette idée vous vous sentirez baisés quand mes débilités biaisées vous auront bien blasé.

Il y a un type comme ça qui traîne dans mes contacts MSN depuis environ trois ans, et on ne s'est jamais parlé. Non, c'est faux. Il y a mille types comme ça qui traînent dans mes contacts MSN, mais il n'y en a qu'un qui m'intéressait particulièrement. Il y a longtemps je croyais à l'image du couple parfait, et ce mec-là était un Roméo, et sa copine était une Juliette. Ils jouaient là-dessus. Un jour j'étais allée voir le spectacle de fin d'année de l'école de Nathalie, et les deux tourtereaux y avaient composé et interprété une chanson d'amour. Partout sur leur passage ils répandaient de magnifiques photos dignes de la propagande staliniste, visant à montrer combien ils étaient heureux tous les deux ensemble. Oui, vraiment, ce couple était parfait. Une fois, j'avais parlé à ce gars, ce Roméo, et il avait concerté sa copine, qui, jalouse, s'était faite inviter dans la conversation. J'étais alors devenue la spectatrice victime d'une affabulation, celle qui porte la chandelle qui tient le couple, celle qui renvoie son image au couple et par qui le processus d'amour interne à travers le regard externe est possible. Oui, j'ai joué le jeu un moment, comme ça, et ce n'était pas très équilibré : ils me faisaient un exposé de leur culture commune, travaillée et retravaillée, et j'écoutais en pensant que je n'y connaissais rien, parce qu'on me snobait. Mais j'y croyais, et j'ai cautionné cet amour fictif. Puis on m'a rejetée : pendant plus d'un an Roméo a dû bloquer sous la contrainte. Je m'accrochais à mon rêve : c'était ça l'amour : protéger ceux qu'on aime : j'étais dangereuse et machiavélique : qui ne pense pas ça de soi.
(...)
Ce qui devait arriver arriva. Deux ans plus tard, je recontacte le mec, ce Roméo des temps contemporains, et je lui demande ce qu'est devenu son couple parfait. Et il m'explique que c'est fini et qu'il a remplacé sa Juliette par une autre fille. Le mythe se casse, et je comprends tout, ou du moins, je comprends tout ce que j'ai envie de comprendre : celle qui m'apparaissait autrefois comme une sainte, allégorie même de la pureté, n'était pas moins qu'une pauvre fille, trop possessive, jalouse et insupportable, et qui vivait son couple à travers la représentation qu'elle arrivait à en donner aux autres ; une hypocrite en somme. Le mec s'est laissé englober dans cette bulle malsaine et restrictive que constitue le couple. Une fois l'histoire finie, il se sent soulagé. Mais il fallait le faire au moins une fois. Il racontera ça à ses petits enfants et ses petits enfants n'y entendront rien ; ils tomberont probablement eux aussi dans le même piège, et il fallait bien ça pour comprendre, parce que savoir n'est pas comprendre.
(...)
Roméo était tout de même resté un symbole, et puis, souvenons-nous-en, il m'avait fait péter sa culture dans un petit exposé de propagande du couple, alors j'avais une once d'estime pour lui ; en plus, physiquement, il n'avait pas l'air mal. C'était hier soir : j'engage la conversation, un petit "hello" de rien du tout, et puis il se trouve que lui-même est engageant, et puis on parle, d'abord de rien, puis on parle du fait de ne parler de rien, puis on se demande de quoi on pourrait parler à part rien, et on essaie, et ça ne marche pas. Et puis je pose cette question : est-ce que c'est sexy d'être snob ? Et tout s'engrange, je commence à dénigrer leur couple - et c'est dégueulasse - et il me dit qu'il est honteux alors j'amplifie la chose et il me confie que c'était horrible et je suis heureuse d'avoir la Confession d'un Roméo. J'ai vaincu le parfait, démontré par A + B que ça n'existait pas, et je suis soulagée de prouver ce que je comprenais sans y donner trop de crédit.
Puis le temps avance et on se rend compte qu'on a plein de choses en commun : c'est le premier mec sur terre qui connaît les paroles des films de Jacques Demy et je dois avouer que c'est un critère décisif dans le choix d'un Roméo. Il y a une chanson des Demoiselles de Rochefort, je l'aurais bien chantée à mon ancien petit copain pour le quitter, mais il m'aurait ri au nez. S'il avait connu les Demoiselles il aurait chanté avec moi.
Il est 3h03 quand il lance : "puisque tes vacances ont l'air d'une platitude à rendre jaloux la courbe de l'encéphalographe d'un mort, je supute que tu n'as rien de prévu demain dans l'apres midi ?" Rendez-vous pris. Il me regardait avec une expression partagée, et parfois il ne disait rien. Alors j'ai parlé, jusqu'à l'épuisement : Marcel Duchamp, Raymond Roussel, Oulipo, Howard Hughes, Gide, Sartre, tous y sont passés.

lundi 5 novembre 2007

Les devoirs à la Toussaint

J'ai pas trop de devoirs ces vacances, mais juste assez pour qu'ils me dérangent un peu dans mon esprit.
J'ai jamais été un bosseur né, ma technique pour travailler étant d'attendre la date limite pour les faire, comme ça t'es obligé de t'y mettre, dans l'urgence et le stress des feuilles blanches sur ton bureau dégueulasse.

C'est assez ridicule comme truc je dois dire. Mais en même temps je suis incapable de m'y mettre correctement en me disant "il est 13 heures, j'ai toute l'aprem". Je connais ces types qui rentrent dans le truc sans y penser et puis d'un coup ils se disent "hé ça fait 4 heures que je bosse". Je suppose que ce sont des choses qui arrivent. J'aimerais bien avoir cette liberté d'esprit. Pouvoir se consacrer à un truc sans penser à combien de temps tu vas mettre. Faut être passionné.

Il faudrait que j'essaye de rester sur mes devoirs toute une après-midi sans penser à me coucher sur mon lit et attendre que ça passe avec je ne sais quel disque un peu déprimant. De toute façon l'après-midi c'est déprimant, c'est blanc et on fout jamais quelque chose de bien avant 17 heures. C'est le mois de novembre, quoi.

Vacachions


Ce qui ne va pas dans les vacances, c'est que beaucoup de gens les assimilent à des moments d'action et de divertissement. Cela ne poserait pas de problème si ces gens n'étaient pas constamment en train de culpabiliser ceux de l'autre bord, ceux qui pensent que les vacances sont un moment de détente et de repos. Et voilà comment, paradoxalement, ces moments que l'on voudrait reposants ne le sont plus du tout : on craint le retour, quand on nous demandera "alors, toi tes vacances ?". Si on cherche à se déculpabiliser, on peut essayer de faire quelque chose à tout prix : par là on arrive souvent aux pires situations. Si on ne fait rien, on passe notre temps à se rappeler qu'il faudrait agir et on finit par se considérer comme une vraie larve, sentiment des plus désagréables qui est ravivé à chaque occurrence de la question : et toi tes vacances ? Bref, les vacances sont une source continuelle d'insatisfaction. Au premier jour elles soulagent, puis elles finissent par ennuyer, on envie alors les moments passés à travailler, mais quand enfin on arrive à s'accoutumer au rythme des vacances, il faut qu'elles s'arrêtent. Et quelle que soit leur durée, l'effet est le même, car notre esprit tempère les vacances en fonction de l'idée de la longueur qu'on en a.
En fait, les vacances reflètent la tristesse du monde. Elles sont le moment où l'hypocrisie de chacun envers lui-même est le plus intense. Les vacances sont une industrie du souvenir. Aménagées pour nous donner l'impression que notre vie est trop bien encadrée, et que, posées où elles sont, elles sont nécessaires, et constituent même le seul moment de liberté, elles imposent la dictature du bénéfice. Il faut profiter à tout prix, et le profit ne prend pas en compte le fond de ce qui est fait, mais juste de sa superficialité : quoi qu'il arrive, il faut accumuler les expériences, bonnes ou mauvaises, pour marquer un contraste avec la routine quotidienne. En donnant l'illusion de la liberté, les vacances annihilent en vérité toute créativité (on tend tous à vivre les mêmes vacances), et sont les moments où notre liberté est la plus restreinte. Car avant les vacances, on est prêts à accepter n'importe quoi, soulagés d'avance à l'idée d'avoir un moment pour respirer plus tard ; et même lorsqu'elles apparaissent encore lointaines, elles finissent par tomber, ce juste au bon moment. Et quand on se pense enfin libres d'être libres, on est juste captifs d'un rythme de vie calculé, soit libres de se croire libres quand on nous l'impose.
Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les vacances tombaient toujours au bon moment ? Je ne saurais définir depuis quand on se penche sur ce problème, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a bien longtemps que des spécialistes y réfléchissent, et passent leur temps de travail à définir quel serait le moment le plus propice à placer des vacances pour augmenter au maximum la productivité sans pour autant décourager le peuple ou créer des révoltes. Les vacances paraîtraient presque innocentes, plantées là, comme des ventilateurs en été ; et pourtant, elles sont le produit d'un travail fastidieux, l'objet d'un calcul de précision, prenant pour facteur des éléments sociologiques autant que biologiques ou scientifiques. Et précisons que cela s'applique aussi dans le cas des cadres, qui pourraient choisir quand prendre leurs vacances, il y a fort à croire qu'ils auraient idée de les prendre pendant une période scolaire, puisqu'il y a beaucoup de chances pour qu'ils aient des enfants qui aient, eux, leurs vacances imposées ; il ne faut pas se leurrer, c'est le calendrier scolaire qui impose les événements au fil de l'année. Pire : en plus d'être calculées en fonction de ce que le corps humain peut se permettre pour être le plus productif, les vacances sont le fruit de tout un enjeu économique. Une mafia du tourisme s'est développée depuis la généralisation des vacances, et, sous des faux-semblants d'altruisme, de désir de vouloir procurer du plaisir aux autres, on s'affaire à nous créer des rêves paradisiaques que nous consommons allègrement en y investissant tout notre salaire, ou à nous créer l'illusion d'un amusement et donc le désir de revenir, ou encore, aux plus avides d'entre nous, on propose des séjours de boulimie touristique visant à visiter un nombre considérable de lieux dans un laps de temps réduit, ce qui crée une source assurée de consommation. Les gens qui partent en vacances sont donc triplement des victimes : non seulement ils se conforment à la période de liberté qu'on leur impose, mais en plus ils ont l'attitude qu'on leur suggère, puisqu'ils partent, enrichissant le système économique qui s'est basé autour de cette valeur malsaine de "vacances", et finalement, ils s'aveuglent en s'assurant que cela leur convient à merveille.
Et les quatre idiots qui pensent que les vacances sont faites pour la détente ont tout aussi tort : car pourquoi attendre les vacances pour se permettre le repos ? Pourquoi reporter à un moment précis qui nous est imposé ? Une vie saine serait une vie que l'on supporterait tout en n'envisageant pas de vacances. Nous sommes tous égaux devant l'institution des vacances, et nous devrions nous soutenir les uns aux autres ; au lieu de quoi, nous nous narguons : vous en me demandant ce que j'ai fait, moi en vous méprisant pour me l'avoir demandé.

dimanche 4 novembre 2007

Etre sur Terre et ce que j'en retiens



Je voudrais d'abord que tu me dises quelque chose : quand tu seras mort et enterré et flottant peu importe où, là où nous allons tous, quel sera ton meilleur souvenir de Terre?"
"Tu veux dire quoi? Je ne comprends pas"
"Quel moment précis définit pour toi la vie sur cette planète? T'emportes quoi comme sandwich?"Là, silence. Tobias ne voit pas où elle veut en venir, et franchement, moi non plus.Elle continue :"Les expériences yuppies bidon, cellles pour lesquelles tu as été obligé de payer, le rafting sur les rapides ou la balade en éléphant en Thaïlande, ça ne compte pas. Je veux un instant de ta vie qui prouve que tu es vraiment vivant."
Douglas Coupland - Generation X

J'ai réfléchi le temps d'une minute à ce qui pourraît être chez moi le moment qui définit le plus la vie en général, celui où j'ai senti tous mes sens être au plus fort de leur intensité comme s'ils avaient décidé eux aussi de profiter de la vie.
Les premiers souvenirs qui vous viennent à l'esprit sont souvent les bons, il ne faut pas aller chercher plus loin.

C'était il y a 2 ans pendant les grandes vacances, l'année où je ne suis pas partie au Liban mais 2 semaines à Eastbourne, pas loin de Brighton et donc de Londres, une ville surnommée "la salle d'attente doré de Dieu" car surtout peuplée de senior aisés venant prendre congé avant le grand saut.
On était sur un campus universitaire répartis en petits groupes dans des "flat" auxquels on accédait à l'aide de badge et chacun avait sa chambre plus une salle commune pour chaque flat. Il y avait des italiens, des espagnols et nous les français.
Je ne sais plus comment elle s'appelait mais je lui avais prêté mes ballerines noires qu'elle avait d'ailleurs trop élargies avec ses grands pieds. En cherchant bien je crois qu'elle s'appelait Camille et elle venait d'acheter dans une parapharmacie un petit fer à lisser qui lui avait coûté 9£. Je comptais bien en profiter moi qui le lendemain de mon arrivée avait acheté chez Mark&Spencers un sèche-cheveux de voyage marchant moyennement, en constatant que les prises en Angleterre différaient des françaises et que je n'avais pas d'adaptateur.

C'était l'heure de la pause, du quartier libre, après les cours et après le déjeuner, on était dans l'obscurité de sa chambre, j'étais assise sur son lit en face de la fenêtre et je voyais Roberto jouer dehors, un italien dont j'étais plus ou moins tomber amoureuse avant de "rencontrer" l'animateur libanais.
Elle a attendu que le fer chauffe et elle a commencé à me lisser les mèches une à une et à me toucher la tête de sorte à ce que ça me fasse du bien, vous savez comment. Elle le faisait dans le silence et il y avait du soleil. J'ai ressenti une vive émotion, proche d'un sentiment intense d'épanouissement -bien sûr toujours mêlée à de la tristesse- car je savais que quand elle aurait fini je retournerai dans ma chambre me préparer pour ce soir, pour la boîte de nuit et qu'ensuite on marcherai longtemps jusqu'à la plage pour s'y rendre et qu'on parlerai de choses dont on avait pas encore parlé durant la première semaine et qu'après la boîte de nuit on rentrerai et je dormirai super bien dans mon lit et le lendemain serai à peu près similaire à quelques instants près.
Bref j'avais l'impression que le bonheur était nouveau et infini, je me sentais une insulaire, j'étais d'ailleurs sur une île. Je vivais entourée de petites briques très rouges, de maisons pastelles, de trottoirs parfaits, d'amitiés ensoleillées, de battle de hip hop, et de pommes de terres chaque jour cuisinées sous une forme nouvelle, c'était tristement kitsch. Je m'achetais des Cds et des fringues, ma mère me rechargeait ma carte de crédit à chaque fois que je le lui demandais. Un bonheur complet, non repérable sur un calendrier.

Bien sûr le dernier jour je n'ai pas pû m'empêcher de pleurer comme une connasse. je m'étais jamais vu dans un tel état, un mélange de nuit trop courte, de chansons pop tristes (belle and sebastian et supergrass toute la nuit dans l'herbe et puis dans mon lit) et je savais pertinemment qu'une fois de retour chez moi plus rien ne devra être comme avant car il n'y aurait pas cet environnement si propice aux rencontres et aux bavardages. Je parlerai quelques jours sur MSN avec les filles qui étaient avec moi là-bas et on se perdra de vue à jamais après quelques mois. C'était encore une fois quelque chose qui appartenait au domaine du never more, un avant goût de ce que la mort me réservait, mourir doit faire mal au coeur.

Et moi qui chialait dans le bus, Irène l'animatrice qui me prend dans ses bras, la première fois de ma vie que je me laisse aller à ce que je considérais comme des enfantillages. Je me suis inconfortablement endormie, les larmes sur les joues, et quand le car s'est arrêté devant une aire d'autoroute je me suis précipitée au petit supermarché pour acheter des biscuits, des madeleines et du Yop et me goinfrer jusqu'à ce que mort s'ensuive.


jeudi 1 novembre 2007

Ca s’appellera "ode à Murielle" ou "manière particulière de lui rendre hommage en imitant son inimitable style" (je ne sais pas encore)

La première fois que j’ai ouvert les yeux aujourd’hui j’étais dans la chambre d’Alice et ma gorge me grattait tellement que j’étais persuadée que j’allais mourir. J’ai pensé me lever pour boire de l’eau dans la salle de bain mais j’entendais la porte des toilettes qui s’activait et je n’avais pas envie de me retrouver nez à nez avec son papa ou sa maman alors que j’étais en tee-shirt Nirvana-culotte. Du coup j’ai choisi de mourir en silence et j’ai enfin compris le sens du stoïcisme. Après quelques minutes de souffrance j’y pensais beaucoup moins et comme je n’étais objectivement pas morte j’ai dû admettre que j’avais moins mal. J’ai décidé de me rendormir mais je n’y suis pas arrivé parce que je faisais des calculs de positions de corps compliqués comme lorsque je m’étais réveillée à 2h51 la nuit d’un mardi en regardant le réveil et en me demandant ce que signifiaient ces trois chiffres, si je devais me lever, etc. Ensuite j’ai vraiment dû m’endormir puisque je ne me souviens de rien. Enfin, et j’en suis sûre, j’ai ouvert les yeux et j’ai su qu’il faisait jour, pire, que le jour était bien entamé. J’aurais pu effectuer un tour sur moi-même à 90° (consulter Alice pour les incohérences arithmétiques) et rencontrer l’approbation de son réveil vert et orange mais je n’avais pas envie de casser la mollesse d’un corps qui aurait pu mieux dormir et qui le faisait comprendre. J’ai rencontré le regard d’Alice comme à chaque fois que je me réveille chez elle le matin et avant de prononcer le premier mot on a attendu un petit peu, le temps de faire des frayeurs à l’autre en feignant un nouvel endormissement. J’ai dit un mot insignifiant de ma voix rauque et malade et je crois même qu’elle m’a demandé de répéter. Après quelques minutes, j’ai enfilé mon jean en restant allongée, un peu comme dans les pubs je crois, mais je ne saurais pas vraiment dire pourquoi. J’ai écarté le duvet bleu et blanc dans lequel j’étais enroulée et je me suis mise debout, j’ai fait prudemment quelques pas puis j’ai ouvert la porte d’entrée de sa chambre et je suis sortie. Dans la salle de bains j’ai compris qu’aujourd’hui était un jour B, un jour où mes cheveux sont plats et mon visage complètement disgracieux. Je reprends un peu plus tard dans la matinée, après avoir brunché grâce à Alice et à sa gentille maman. On a regardé La Discrète de Christian Vincent avec un Fabrice Luchini qui est décidemment trop excellent. Je crois qu’on était contentes toutes les deux parce qu’en peu de temps on avait vu deux films agréables : La Discrète et Ghost World. Alice a pris sa douche puis j’ai pris la mienne à l’eau bouillante parce que je n’ai jamais compris comment marchait sa douche et qu’elle a décidé de ne jamais me l’expliquer (sauf à l’arrêt de bus, finalement). Après avoir décidé de sortir, on a fait semblant de se demander où on pourrait aller : c’était notre manière à nous de mettre un peu de piment dans la journée alors qu’au fond on savait pertinemment qu’on allait finir à Saint Michel et au Luxembourg. Devant l’arrêt de bus, donc, il y avait une fille horrible qui téléphonait à son amie avec qui elle devait prendre le thé à 16 heures : elle avait un corps maigre subi, des collants bleus, des bottes marron, une doudoune noire longue, les cheveux rassemblés en queue de cheval et collés à tel point sur son crâne que sa vie devait sûrement en dépendre et surtout un sac à dos quechua noir et vert qui cassait définitivement toute tentative (vaine à la base de toute façon) d’être élégante. Une vieille dame a agressé Alice en lui disant que c’était mieux il y a quarante ans ; sur le coup je n’ai pas bien compris et j’ai fait comme si je m’en fichais alors que ça m’intéressait beaucoup. Arrivées au Luxembourg j’ai aperçu une fille blonde et un peu ronde que j’avais rencontrée dans la seule colonie que j’ai faite et j’ai trouvé la coïncidence marrante parce qu’Emilie m’avait filé il y a quelques semaines son skyblog dans lequel il y avait un article sur nous alors qu’on ne connaissait même pas son prénom. Il était environ 16 heures, on s’est trouvées assises dans le café du Luxembourg, dans la partie fumeurs alors que nous n’aimons pas particulièrement côtoyer la fumée des autres. On a peut-être parlé de Murielle et je ne dis pas ça parce que j’écris dans les occupés mais parce qu’on a peut-être réellement parlé d’elle ou qu’en tout cas ce n’est pas improbable. Alice a un peu parlé d’Adrian, son ami alsacien maladroit mais qui a quand même l’air gentil. Je me souviens d’avoir maudit Antoine parce qu’il habite rue Soufflot et qu’il n’en profite pas (même si ensuite on a convenu que c’est sans doute parce qu’on y habitait pas qu’on arrivait à en profiter). On a commandé deux cafés et deux verres d’eau mais le garçon n’a servi les verres d’eau qu’après les cafés parce qu’il était « trop chargé » et que comme nous sommes jeunes et naïves, on se fait toujours avoir au profit des gens plus âgés. A ma droite et à la gauche d’Alice était assis un couple de jeunes silencieux. Le garçon a sorti une cigarette et l’a fumée, suivi de près par sa copine qui m’envoyait toute sa fumée dans le visage alors que justement je n’aime pas ça et que même si elle ne peut pas le savoir, elle pourrait faire attention. Du coup j’ai orienté la carte des glaces de manière à ce qu’elle dévie sur Alice la fumée, ce qui a provoqué un sourire chez elle. J’ai rapidement sorti mon porte-monnaie parce que j’étais contente d’avoir exactement 2€50 et Alice m’a demandé si j’avais 6 centimes : je lui en ai donné 10 et quand elle a voulu m’en rendre 4 j’ai conclu qu’elle pouvait les garder. On a continué à parler sur un ton apaisé et détendu, comme le font deux amis qui passent un énième moment ensemble et qui l’apprécient. En sortant du café on a marché dans la même direction pour prendre un bus différent, Alice m’a soudainement dit « a+ », j’ai répondu « ciao » et je me suis immobilisée devant l’arrêt, j’avais un peu froid. J’ai oublié qu’Alice pouvait me voir et quand j’ai réalisé qu’elle m’observait à moitié j’ai eu l’impression d’avoir été violée dans mon intimité.

jeudi 27 septembre 2007


Elle est là, dans le couloir, à attendre son tour. Je la précède. La table au fond, les feuilles de brouillons standards disposées dans un coin, en petite pile jaune pâle. Pendant qu'une personne est interrogée. Se concentrer vite sur le texte à étudier en moins de 10 minutes. Le mec défend ses compétences et son savoir, à 5 mètres devant moi. Ca me déconcentre un peu. Un moustique hors-norme se pose sur ma main, sans détour, ça me déconcentre un peu plus encore. Ce truc est vraiment énorme. Soupe au sang pour Boucle d'Or mosquito. Et Papa Moustique est grand maintenant. 3 secondes après que l'insecte se soit posé, je peux plus tenir, je tapote, pas plus convaincu que ça, impressionné surtout. Je le loupe, il s'envole, merde. Là, je suis agacé, mais surtout j'ai pas envie que ce moustique revienne pour me boire. J'ai vu trop de trucs sur les moustiques, ceux qui en plus de te piquer ton sang te refilent des maladies dont les photos des symptômes sont mêmes pas trouvables sur Google Images. J'ai pas trop envie d'en parler, hein.

Okay, je fais comme si je m'en foutais. J'écris des évidences argumentatives sur mon brouillon, déductions bateaux, on continue, je remplis. J'écris mal et vite, au stylo, Comic sans MS, taille 18. Je fais pas dans le détail. Je passe la main gauche sur la nuque, dans le cou, comme pour déblayer quelque chose. N'importe quoi. Je passe dans moins de 5 minutes. Il faudra compter sur mon talent d'improvisation. Je stresse pas, je suis à fond. Il se pose sur ma joue, l'effronté. Je le gifle mollement, et avec le sourire, au cas où l'examinateur jetterait un oeil dans ma direction. J'en peux plus. Je vieillis de 10 ans en 2 minutes. Le moustique me soutient à chaque instant, je le sens. Compagnon de douleur. À chaque étape, il est là, dans la performance. Il me donne des Haribo à chaque col de montagne. Il est près de moi. Il me ménage et m'encourage. Il me siffle affectueusement. Il fait frémir mon sang. Il me parfume au Dragibus. Servir chaud. Et déguster. C'est mon tour. Je change de place.

Alors que je suis interrogé, la fille passe à ma place, permutation d'un rang. J'ai oublié le moustique. Je dis les choses avec plus d'aplomb que ce qu'elles valent. Je regarde mes notes, l'examinateur, son visage, et sa barbe bizarrement taillée. J'alterne régulièrement. Texte, notes, barbe, visage, notes, visage, texte, notes, texte, notes, barbe... J'occupe mes mains nerveuses en tordant mes manches, en les retroussant, en les rabaissant. Ma main presse sans passion mon avant-bras, contorsions. J'ai fini, il paraît. Je me contente du bonheur d'avoir fini. Je me lève, me retourne et voit cette fille griffonner d'ultimes notes. L'examinateur me dit des choses sur l'issue de l'examen, sur la date des résultats, sur "bon courage pour la suite", sur la feuille d'émargement que j'ai déjà signée. Je vois lui, je pense elle. Il me remercie, je dois me barrer de la salle, donc. Je regarde vers ma nouvelle amoureuse. Je devais déjà un peu la kiffer quand je la voyais dans des cours qui étaient sans doute super intéressants. Ses yeux valaient au moins le pain au chocolat de la caféteria. Elle prend ses dernières notes donc, et là je vois le moustique voler près d'elle, à la même place où j'étais... Putain, il gâche tout, et elle devient soudain quelconque. Comme la fois où j'avais remarqué qu'elle s'était trop mal maquillée. Comme la fois où j'ai découvert qu'elle avait un copain. Ces détails la rendaient trop laide. C'était mon moustique nul, c'étaient mes ennuis nuls, et maintenant elle est confrontée aux mêmes problèmes ordinaires. Je suppose qu'elle a dû vaguement se débattre aussi. Je suppose que le moustique faisait partie intégrante de l'épreuve. Je suppose que ça me dégoûte. Ces yeux deviennent des globules, ce visage une blague, ce sourire une rangée d'osselets. Elle est aussi misérable que moi il y a quelques minutes. Elle est minable. Je sors. Adieu.

lundi 24 septembre 2007

Je suis triste

Je suis triste, alors je mange mes yaourts dans le noir en écoutant Joy Division.
Ce n'est pas réconfortant.

mardi 24 juillet 2007

Les Occupés sont

Libellés