Drôles d'événements que les anniversaires. Par principe, je dirais qu'ils ne sont que des conventions, dans lesquelles à tout prix il faudrait ne pas sombrer. Mais, que ce soit par opportunisme ou par sagesse, quand on m'offre de jouer le jeu, je l'accepte, et je fais avec. Dimanche il y aura un déjeuner, et je repousse d'une année ou deux l'idée qu'un anniversaire est insignifiant, parce que j'ai envie d'en profiter tant que ce que j'appelle mes "principes" ne me préoccupe pas encore entièrement, et je me dis qu'une fois que je serai lâchée dans la nature, seule face à mes choix, je m'appliquerai à ne plus marquer tant cette coutume de célébrer le jour de ma naissance. En attendant, un autre principe me dicte de ne pas m'épancher dans la gratuité des actes, et de me faire plaisir tant que je le peux, et il me semble qu'il serait gratuit de refuser de voir ma famille, et que cela ne me ferait pas plaisir que personne ne pense à moi aujourd'hui. D'ailleurs, "profitons tant que l'on peut profiter", et pas au sens où on l'entend couramment, celui qui reviendrait à dire "profite de ton âge parce que bientôt tu ne pourras plus faire ce que tu fais là" : non, plutôt, "profite de ton ignorance parce que bientôt tu en sauras trop pour trouver le bonheur en toute chose". Je me suis déjà ôté tout plaisir de faire la fête par ma désoeuvrante lucidité sur le sujet, probablement accrue par un certain recul social ; alors l'anniversaire y passera plus tard. Et voilà que je parle avec ma conscience, et que chaque mot tend à me déculpabiliser de quelque chose dont personne ne me tient coupable, en-dehors de moi-même. Le poison des principes s'étend dans mon corps. Un moment, je me demande si tout cela n'est pas ridicule, d'autant plus que je n'avais jamais réellement réfléchi au rôle d'un anniversaire, et que, si culpabilité il y a, elle n'est due qu'à un pressentiment. Les principes détruisent et structurent. Je comprends ça lorsque je regarde mon père, car je le sais à la fois satisfait et insatisfait, mais au moins sûr de n'être aucun des deux. Il a structuré sa pensée sur un certain nombre d'idées évolutives, et cela lui coûte parfois, parce qu'en n'écoutant que la part d'humanité qu'il a en lui, il ne suivrait peut-être pas ses principes. Mais le propre de l'homme est justement de structurer ses pensées pour aller dans un sens, et je ne pourrais pas vivre sans cette ligne droite sans direction fixe, parce que simplement, je n'aurais pas été homme, je n'aurais pas exploité ce qui m'avait été donné, alors même que je me plains d'avoir trop de limites. Et je préfère me détruire par des principes que d'être misérable, et de me laisser aller. Je préfère manger des restes pour survivre que de me laisser mourir de faim parce que je me sais mourrante. Et j'ai l'espoir que dans ces restes demeure un miraculeux remède contre ma maladie. Mais cet espoir je le pense d'autre part hypocrisie envers moi-même, et un principe me dicte de ne pas l'être, et de ne me fier qu'à l'instant, sans imaginer des possibilités inexistantes. Je suis donc en constante contradiction. Mon travail est de trouver un moyen de superposer ces principes pour éviter une rencontre conflictuelle ; et alors, peut-être, peut-on dire qu'il n'y a pas de principe donné de façon générale. Le principe des principes, celui que paradoxalement il faudrait ériger de façon universelle et générale, serait peut-être de ne pas appliquer bêtement ses principes, et de les adapter à chaque situation, pour être un minimum flexible. Les principes ne m'apparaissent donc plus ici que comme des moyens pour maintenir la route, celle qu'il faut à chaque instant contrôler pour ne pas trop s'en éloigner, et rester à la fois ouvert à toute évolution mais fidèle à soi.
Maintenant que le poids de la culpabilité s'est évaporé, et que je peux parler librement, dans la limite tout de même des retombées climatiques de cette évaporation, car j'aimerais autant éviter la pluie, je vais enfin arriver à mon but, qui me paraît désormais tellement insignifiant que j'ose à peine l'énoncer. Car toute cette réflexion a en réalité été déclenchée par une parole modeste au possible, et réellement tout ce qu'il y a de plus sincère. C'était au téléphone. Il faut que je décrive un minimum la situation pour que la phrase prenne un sens. Il se trouve que mon grand-père a depuis je ne me souviens plus combien de mois l'alzheimer. C'est un homme dont la vie s'est un peu échappée, parce qu'il s'est marié tôt et un peu par défaut, et qu'il a fait le même travail toute sa vie, et qu'il n'a jamais vraiment eu une grande passion pour les choses. Ce portrait est extrêmement schématique et encore plus mal renseigné, mais dans le cadre de mon anecdote, il se suffira. Ce manque de passion restreint évidemment les possibles sujets de discussion, et comme le sujet de discussion le plus praticable en famille est le souvenir et que sa mémoire lui fait défaut, cela peut provoquer un certain embarras. Ma grand-mère, de son côté, est une femme remarquable, mais autoritaire. Jamais émancipée, autodidacte, généreuse, un peu raciste sur les bords, elle doit maintenant s'occuper de son mari souffrant, tâche qu'elle prend à coeur, et que je la soupçonne d'apprécier. C'était donc au téléphone, et après que ma grand-mère m'a souhaité un bon anniversaire et dit quelques mots - car elle trouve toujours quelque chose à dire, que ce soit à propos d'un noir à la boulangerie qui n'avait même pas l'air si bête que ça ou à propos de prières pour que j'aie mon bac dans six mois - elle me passe mon grand-père, chose qui n'arrive que les jours d'anniversaire, lorsque ce qui importe est de prononcer une phrase magique et non pas d'élaborer une conversation intéressante. Ce qu'il fait : bon anniversaire. Et pour camoufler un peu la platitude de cette phrase, il l'amorce sur le ton d'une conversation qui pourrait durer. Puis un blanc. Derrière on entend ma grand-mère lui souffler ce qu'il doit dire, lui demander de conclure par un "à dimanche prochain" et de raccrocher le téléphone ; on la sent imposante, dans son rôle autoritaire et supérieur. Il s'accroche, et il dit, prévenant : "on a l'air un peu couillons comme ça, ha ha". Et il n'a pas qu'un peu raison.
vendredi 30 novembre 2007
lundi 26 novembre 2007
Le mal de génération musical( ce qui ne veut rien dire)
Alors que j'écoutais Harvest tout à l'heure il m'est arrivé une sensation indescriptible que je pourrais appeler (ça ne tient qu'à moi) "le mal de génération musical" c'est-à-dire écouter les disques de tes parents et te dire que leur zik était mieux que la tienne, celle du présent.
C'est vrai que les Arctic Monkeys c'est bien, je pourrai dire à mes gosses "oui j'ai fait mes 15 piges là-dessus gamin". Mais bon. Moins de profondeur. Mais bon Neil Young c'est mieux, hein.
Alors j'ignore la solution de ce complexe un peu tiré par les cheveux un peu vaseux que je me suis inventé. Faut-il arrêter d'écouter de la musique de tes parents et vivre avec Pete Doherty? rester bloqué sur ta réédition des Smiths? ou prendre tout ce qui est bon à prendre, culture rock'n folk-I-pod, ce qui reste l'intention la plus louable?
"écoute du jazz, mec"
Je ne sais pas mes amis. Bisou.
C'est vrai que les Arctic Monkeys c'est bien, je pourrai dire à mes gosses "oui j'ai fait mes 15 piges là-dessus gamin". Mais bon. Moins de profondeur. Mais bon Neil Young c'est mieux, hein.
Alors j'ignore la solution de ce complexe un peu tiré par les cheveux un peu vaseux que je me suis inventé. Faut-il arrêter d'écouter de la musique de tes parents et vivre avec Pete Doherty? rester bloqué sur ta réédition des Smiths? ou prendre tout ce qui est bon à prendre, culture rock'n folk-I-pod, ce qui reste l'intention la plus louable?
"écoute du jazz, mec"
Je ne sais pas mes amis. Bisou.
dimanche 25 novembre 2007
dimanche matin
Je me suis levée à 10h30, j'avais encore mal à la tête. J'ai regardé le bonus du dvd de La Collectionneuse d'Eric Rohmer, un petit documentaire sur la vie des étudiantes en 66, et j'ai fini les 20 minutes de citizen kane qu'il me manquait sur la première version que j'avais téléchargé et j'ai lu des trucs sur le film parce que j'avais pas trop bien compris la signification de la luge. Peut-être que d'un point de vue professionel citizen kane est le meilleur film du monde, moi je l'ai trouvé très bien mais je saurai pas vous dire s'il est le meilleur film du monde. c'est compliqué ce genre de choses et finalement insensé.là je vais prendre ma douche, la peau de mes jambes est trop gercée, ensuite je mangerai une orange, ou alors d'abord l'orange puis ensuite la douche.
vendredi 16 novembre 2007
Sensation physique du chagrin
Chez vous je sais pas, mais chez moi, ça se rapproche de deux choses : la peur (plus rien ne sera comme avant, ce genre de trucs...) et l'excitation.
L'excitation euphorique se manifestait chez moi par un frisson le long du corps, une sensation presque sexuelle d'électricité dans le creux du pied, et un afflux de sang à la tête, provoquant une agréable sensation dans les joues.
Le chagrin/peur, bizarrement, se manifeste de la même manière physique, à la notable exception du pied électrique.
L'excitation euphorique se manifestait chez moi par un frisson le long du corps, une sensation presque sexuelle d'électricité dans le creux du pied, et un afflux de sang à la tête, provoquant une agréable sensation dans les joues.
Le chagrin/peur, bizarrement, se manifeste de la même manière physique, à la notable exception du pied électrique.
samedi 10 novembre 2007
Flight of the Conchords : beautiful loser

A notre époque les séries c'est comme le reste (cinéma, musique, livres, fringues) on ne sait pas quoi choisir vu l'étendue infinie du choix.
Alors si je peux me permettre de vous conseiller une série à télécharger illégalement ce serait Flight of the Conchords que j'ai découvert dans le hors-série Series TV de Technikart pendant les grandes vacances et au même moment dans le Rock'n'folk qui se vantait d'en avoir parlé en premier alors que bien sûr Technikart l'a fait avant.
Et ouais, même après 18 ans on pense encore à des bêtises pareilles histoire de se la jouer avant-gardiste. L'éternelle question de "qui à vu quoi et avant qui?"
Enfin faudrait savoir quel magazine est sorti en premier dans les kiosques pour contenter la prétention journalistique d'un mec.
Bon, revenons à nos moutons
Pour résumer très brièvement la série :
2 mecs faisant parties du groupe Flight of the Conchords vont émigrer de Nouvelle Zélande pour s'établir aux Etats-Unis afin de faire décoller leur carrière avec ce qu'il faut de personnages abrutis mais attachants et de moments de loose pure mais trop mimi comme on aime bien en voir dans les séries et films anglophones.
Les épisodes durent environ 30 minutes et sont ponctués de chansons folk/soul hallucinantes et déjà cultes.
Vous n'avez pas besoin d'en savoir plus, il est temps pour vous de télécharger la saison 1 sur BitTorrent et de laisser allumer votre PC toute la nuit pour pouvoir la mater dans la semaine.
Allez go go go
mercredi 7 novembre 2007
Une journée (pas) comme les autres
J'ai toujours admiré les gens qui savaient rendre les histoires apparemment sans intérêt très intéressantes. Sur le moment l'illusion est à son comble et puis c'est quand on essaie de re-raconter cette histoire qu'on se rend compte de son manque de consistance. Parfois on peut ressentir la même chose en essayant de résumer un livre. Selon certains cas, on peut avoir été biaisé, car l'histoire n'avait effectivement aucun intérêt, ou bien on peut avoir eu une prise de conscience sous-jacente, et comprendre un détail simple qui prend alors une signification essentielle. Basés sur cette idée vous vous sentirez baisés quand mes débilités biaisées vous auront bien blasé.
Il y a un type comme ça qui traîne dans mes contacts MSN depuis environ trois ans, et on ne s'est jamais parlé. Non, c'est faux. Il y a mille types comme ça qui traînent dans mes contacts MSN, mais il n'y en a qu'un qui m'intéressait particulièrement. Il y a longtemps je croyais à l'image du couple parfait, et ce mec-là était un Roméo, et sa copine était une Juliette. Ils jouaient là-dessus. Un jour j'étais allée voir le spectacle de fin d'année de l'école de Nathalie, et les deux tourtereaux y avaient composé et interprété une chanson d'amour. Partout sur leur passage ils répandaient de magnifiques photos dignes de la propagande staliniste, visant à montrer combien ils étaient heureux tous les deux ensemble. Oui, vraiment, ce couple était parfait. Une fois, j'avais parlé à ce gars, ce Roméo, et il avait concerté sa copine, qui, jalouse, s'était faite inviter dans la conversation. J'étais alors devenue la spectatrice victime d'une affabulation, celle qui porte la chandelle qui tient le couple, celle qui renvoie son image au couple et par qui le processus d'amour interne à travers le regard externe est possible. Oui, j'ai joué le jeu un moment, comme ça, et ce n'était pas très équilibré : ils me faisaient un exposé de leur culture commune, travaillée et retravaillée, et j'écoutais en pensant que je n'y connaissais rien, parce qu'on me snobait. Mais j'y croyais, et j'ai cautionné cet amour fictif. Puis on m'a rejetée : pendant plus d'un an Roméo a dû bloquer sous la contrainte. Je m'accrochais à mon rêve : c'était ça l'amour : protéger ceux qu'on aime : j'étais dangereuse et machiavélique : qui ne pense pas ça de soi.
(...)
Ce qui devait arriver arriva. Deux ans plus tard, je recontacte le mec, ce Roméo des temps contemporains, et je lui demande ce qu'est devenu son couple parfait. Et il m'explique que c'est fini et qu'il a remplacé sa Juliette par une autre fille. Le mythe se casse, et je comprends tout, ou du moins, je comprends tout ce que j'ai envie de comprendre : celle qui m'apparaissait autrefois comme une sainte, allégorie même de la pureté, n'était pas moins qu'une pauvre fille, trop possessive, jalouse et insupportable, et qui vivait son couple à travers la représentation qu'elle arrivait à en donner aux autres ; une hypocrite en somme. Le mec s'est laissé englober dans cette bulle malsaine et restrictive que constitue le couple. Une fois l'histoire finie, il se sent soulagé. Mais il fallait le faire au moins une fois. Il racontera ça à ses petits enfants et ses petits enfants n'y entendront rien ; ils tomberont probablement eux aussi dans le même piège, et il fallait bien ça pour comprendre, parce que savoir n'est pas comprendre.
(...)
Roméo était tout de même resté un symbole, et puis, souvenons-nous-en, il m'avait fait péter sa culture dans un petit exposé de propagande du couple, alors j'avais une once d'estime pour lui ; en plus, physiquement, il n'avait pas l'air mal. C'était hier soir : j'engage la conversation, un petit "hello" de rien du tout, et puis il se trouve que lui-même est engageant, et puis on parle, d'abord de rien, puis on parle du fait de ne parler de rien, puis on se demande de quoi on pourrait parler à part rien, et on essaie, et ça ne marche pas. Et puis je pose cette question : est-ce que c'est sexy d'être snob ? Et tout s'engrange, je commence à dénigrer leur couple - et c'est dégueulasse - et il me dit qu'il est honteux alors j'amplifie la chose et il me confie que c'était horrible et je suis heureuse d'avoir la Confession d'un Roméo. J'ai vaincu le parfait, démontré par A + B que ça n'existait pas, et je suis soulagée de prouver ce que je comprenais sans y donner trop de crédit.
Puis le temps avance et on se rend compte qu'on a plein de choses en commun : c'est le premier mec sur terre qui connaît les paroles des films de Jacques Demy et je dois avouer que c'est un critère décisif dans le choix d'un Roméo. Il y a une chanson des Demoiselles de Rochefort, je l'aurais bien chantée à mon ancien petit copain pour le quitter, mais il m'aurait ri au nez. S'il avait connu les Demoiselles il aurait chanté avec moi.
Il est 3h03 quand il lance : "puisque tes vacances ont l'air d'une platitude à rendre jaloux la courbe de l'encéphalographe d'un mort, je supute que tu n'as rien de prévu demain dans l'apres midi ?" Rendez-vous pris. Il me regardait avec une expression partagée, et parfois il ne disait rien. Alors j'ai parlé, jusqu'à l'épuisement : Marcel Duchamp, Raymond Roussel, Oulipo, Howard Hughes, Gide, Sartre, tous y sont passés.
Il y a un type comme ça qui traîne dans mes contacts MSN depuis environ trois ans, et on ne s'est jamais parlé. Non, c'est faux. Il y a mille types comme ça qui traînent dans mes contacts MSN, mais il n'y en a qu'un qui m'intéressait particulièrement. Il y a longtemps je croyais à l'image du couple parfait, et ce mec-là était un Roméo, et sa copine était une Juliette. Ils jouaient là-dessus. Un jour j'étais allée voir le spectacle de fin d'année de l'école de Nathalie, et les deux tourtereaux y avaient composé et interprété une chanson d'amour. Partout sur leur passage ils répandaient de magnifiques photos dignes de la propagande staliniste, visant à montrer combien ils étaient heureux tous les deux ensemble. Oui, vraiment, ce couple était parfait. Une fois, j'avais parlé à ce gars, ce Roméo, et il avait concerté sa copine, qui, jalouse, s'était faite inviter dans la conversation. J'étais alors devenue la spectatrice victime d'une affabulation, celle qui porte la chandelle qui tient le couple, celle qui renvoie son image au couple et par qui le processus d'amour interne à travers le regard externe est possible. Oui, j'ai joué le jeu un moment, comme ça, et ce n'était pas très équilibré : ils me faisaient un exposé de leur culture commune, travaillée et retravaillée, et j'écoutais en pensant que je n'y connaissais rien, parce qu'on me snobait. Mais j'y croyais, et j'ai cautionné cet amour fictif. Puis on m'a rejetée : pendant plus d'un an Roméo a dû bloquer sous la contrainte. Je m'accrochais à mon rêve : c'était ça l'amour : protéger ceux qu'on aime : j'étais dangereuse et machiavélique : qui ne pense pas ça de soi.
(...)
Ce qui devait arriver arriva. Deux ans plus tard, je recontacte le mec, ce Roméo des temps contemporains, et je lui demande ce qu'est devenu son couple parfait. Et il m'explique que c'est fini et qu'il a remplacé sa Juliette par une autre fille. Le mythe se casse, et je comprends tout, ou du moins, je comprends tout ce que j'ai envie de comprendre : celle qui m'apparaissait autrefois comme une sainte, allégorie même de la pureté, n'était pas moins qu'une pauvre fille, trop possessive, jalouse et insupportable, et qui vivait son couple à travers la représentation qu'elle arrivait à en donner aux autres ; une hypocrite en somme. Le mec s'est laissé englober dans cette bulle malsaine et restrictive que constitue le couple. Une fois l'histoire finie, il se sent soulagé. Mais il fallait le faire au moins une fois. Il racontera ça à ses petits enfants et ses petits enfants n'y entendront rien ; ils tomberont probablement eux aussi dans le même piège, et il fallait bien ça pour comprendre, parce que savoir n'est pas comprendre.
(...)
Roméo était tout de même resté un symbole, et puis, souvenons-nous-en, il m'avait fait péter sa culture dans un petit exposé de propagande du couple, alors j'avais une once d'estime pour lui ; en plus, physiquement, il n'avait pas l'air mal. C'était hier soir : j'engage la conversation, un petit "hello" de rien du tout, et puis il se trouve que lui-même est engageant, et puis on parle, d'abord de rien, puis on parle du fait de ne parler de rien, puis on se demande de quoi on pourrait parler à part rien, et on essaie, et ça ne marche pas. Et puis je pose cette question : est-ce que c'est sexy d'être snob ? Et tout s'engrange, je commence à dénigrer leur couple - et c'est dégueulasse - et il me dit qu'il est honteux alors j'amplifie la chose et il me confie que c'était horrible et je suis heureuse d'avoir la Confession d'un Roméo. J'ai vaincu le parfait, démontré par A + B que ça n'existait pas, et je suis soulagée de prouver ce que je comprenais sans y donner trop de crédit.
Puis le temps avance et on se rend compte qu'on a plein de choses en commun : c'est le premier mec sur terre qui connaît les paroles des films de Jacques Demy et je dois avouer que c'est un critère décisif dans le choix d'un Roméo. Il y a une chanson des Demoiselles de Rochefort, je l'aurais bien chantée à mon ancien petit copain pour le quitter, mais il m'aurait ri au nez. S'il avait connu les Demoiselles il aurait chanté avec moi.
Il est 3h03 quand il lance : "puisque tes vacances ont l'air d'une platitude à rendre jaloux la courbe de l'encéphalographe d'un mort, je supute que tu n'as rien de prévu demain dans l'apres midi ?" Rendez-vous pris. Il me regardait avec une expression partagée, et parfois il ne disait rien. Alors j'ai parlé, jusqu'à l'épuisement : Marcel Duchamp, Raymond Roussel, Oulipo, Howard Hughes, Gide, Sartre, tous y sont passés.
mardi 6 novembre 2007
Le journalisme participatif ou l'art de lâchez tes comm'

Avec l'émergence des nouveaux médias sur le net l'information s'écrit dorénavant à deux mains : celle du journaliste et celle du lecteur, qui le plus souvent vient tout parasiter en ayant une trop haute opinion de sa part du gros gâteau qu'est la démocratie.
Je lis beaucoup d'articles sur le net, notamment sur Ecrans.fr, Rue89, Fluctuat et tous ces sites super souvent mis à jour que je consulte d'un clic sur ma page Netvibes trop perso, et je dois dire que ça m'a toujours fait très chier ce nouveau concept qui vise à faire participer le lecteur -toujours un peu hypocritement- en lui faisant croire que son avis est trop-maxi-important voire essentiel.
OK pour faire en sorte qu'il puisse y laisser un commentaire même si le plus souvent ça se résume à un truc du genre "Bouh l'Arche de Zoé, vilain vilain" plus un lien vers son blog avec une signature du genre "Azerty, agitateur d'idées".
Pas OK pour en faire plus, comme Rue89 qui veut en gros te donner l'impression que tu es au même niveau que les journalistes.
Vu sur leur site : "Vous êtes les meilleurs témoins de votre actualité. Envoyez-nous vos informations et vos liens préférés. Contactez-nous pour proposer articles, photos et vidéos..."
Ce genre d'annonce attire n'importe quel crétin de citoyinternaute bienveillant et toujours partant pour un gros débat bien gras comme à la télé. Tu peux le tester sur ce que tu veux il te sortira ses petites phrases chippées dans "C dans l'air" et "Ce soir (ou jamais!) mixées avec quelques relents de pensées à lui et s'improvisera sociologue en alternance avec historien.
Condamné à se faire entendre par le biais de moyens plutôt précaires et étriqués que sont la webcam, les commentaires, les SMS, les votes et autres sondages, qui se trouveront symboliquement en bas de l'article rédigé par le VRAI journaliste.
L'illusion d'avoir sa place parmi ceux qui ont fait des études pour en arriver là, comme si notre récompense -faute de rémunération- serait un débat interminable le temps de toute une nuit passée à actualiser la page.
C'est finalement un peu toujours la même chose, le chaos participatif, Wikipédia (cf un peu en dessous), la vision de notre bulletin dans l'urne, le piéton responsable, cette petite vie Nutella trop jolie où chacun à pu dire ce qu'il voulait avec ce qu'il faut de "je pense que..."et tout ce ramassis de belles conneries nourrissantes bleu blanc rouge.
Perso ça me donne juste envie d'arrêter de parler et d'essayer d'avoir une opinion sur tout.
Il ne faut pas sous-estimer l'étendue de notre monde mais plutôt comprendre qu'il est aussi complexe que l'intérieur d'un I-pod et que donc on n'est surtout pas obligé de tout saisir, de tout comprendre et de tout critiquer.
Viendra un temps où le dépérissement bête et méchant devant la quotidienne de la Star Academy sera prescrit par les médecins.
A lire : De l'art de dire des conneries de Harry G. Frankfurt
lundi 5 novembre 2007
Les devoirs à la Toussaint
J'ai pas trop de devoirs ces vacances, mais juste assez pour qu'ils me dérangent un peu dans mon esprit.
J'ai jamais été un bosseur né, ma technique pour travailler étant d'attendre la date limite pour les faire, comme ça t'es obligé de t'y mettre, dans l'urgence et le stress des feuilles blanches sur ton bureau dégueulasse.
C'est assez ridicule comme truc je dois dire. Mais en même temps je suis incapable de m'y mettre correctement en me disant "il est 13 heures, j'ai toute l'aprem". Je connais ces types qui rentrent dans le truc sans y penser et puis d'un coup ils se disent "hé ça fait 4 heures que je bosse". Je suppose que ce sont des choses qui arrivent. J'aimerais bien avoir cette liberté d'esprit. Pouvoir se consacrer à un truc sans penser à combien de temps tu vas mettre. Faut être passionné.
Il faudrait que j'essaye de rester sur mes devoirs toute une après-midi sans penser à me coucher sur mon lit et attendre que ça passe avec je ne sais quel disque un peu déprimant. De toute façon l'après-midi c'est déprimant, c'est blanc et on fout jamais quelque chose de bien avant 17 heures. C'est le mois de novembre, quoi.
J'ai jamais été un bosseur né, ma technique pour travailler étant d'attendre la date limite pour les faire, comme ça t'es obligé de t'y mettre, dans l'urgence et le stress des feuilles blanches sur ton bureau dégueulasse.
C'est assez ridicule comme truc je dois dire. Mais en même temps je suis incapable de m'y mettre correctement en me disant "il est 13 heures, j'ai toute l'aprem". Je connais ces types qui rentrent dans le truc sans y penser et puis d'un coup ils se disent "hé ça fait 4 heures que je bosse". Je suppose que ce sont des choses qui arrivent. J'aimerais bien avoir cette liberté d'esprit. Pouvoir se consacrer à un truc sans penser à combien de temps tu vas mettre. Faut être passionné.
Il faudrait que j'essaye de rester sur mes devoirs toute une après-midi sans penser à me coucher sur mon lit et attendre que ça passe avec je ne sais quel disque un peu déprimant. De toute façon l'après-midi c'est déprimant, c'est blanc et on fout jamais quelque chose de bien avant 17 heures. C'est le mois de novembre, quoi.
Vacachions
Ce qui ne va pas dans les vacances, c'est que beaucoup de gens les assimilent à des moments d'action et de divertissement. Cela ne poserait pas de problème si ces gens n'étaient pas constamment en train de culpabiliser ceux de l'autre bord, ceux qui pensent que les vacances sont un moment de détente et de repos. Et voilà comment, paradoxalement, ces moments que l'on voudrait reposants ne le sont plus du tout : on craint le retour, quand on nous demandera "alors, toi tes vacances ?". Si on cherche à se déculpabiliser, on peut essayer de faire quelque chose à tout prix : par là on arrive souvent aux pires situations. Si on ne fait rien, on passe notre temps à se rappeler qu'il faudrait agir et on finit par se considérer comme une vraie larve, sentiment des plus désagréables qui est ravivé à chaque occurrence de la question : et toi tes vacances ? Bref, les vacances sont une source continuelle d'insatisfaction. Au premier jour elles soulagent, puis elles finissent par ennuyer, on envie alors les moments passés à travailler, mais quand enfin on arrive à s'accoutumer au rythme des vacances, il faut qu'elles s'arrêtent. Et quelle que soit leur durée, l'effet est le même, car notre esprit tempère les vacances en fonction de l'idée de la longueur qu'on en a.
En fait, les vacances reflètent la tristesse du monde. Elles sont le moment où l'hypocrisie de chacun envers lui-même est le plus intense. Les vacances sont une industrie du souvenir. Aménagées pour nous donner l'impression que notre vie est trop bien encadrée, et que, posées où elles sont, elles sont nécessaires, et constituent même le seul moment de liberté, elles imposent la dictature du bénéfice. Il faut profiter à tout prix, et le profit ne prend pas en compte le fond de ce qui est fait, mais juste de sa superficialité : quoi qu'il arrive, il faut accumuler les expériences, bonnes ou mauvaises, pour marquer un contraste avec la routine quotidienne. En donnant l'illusion de la liberté, les vacances annihilent en vérité toute créativité (on tend tous à vivre les mêmes vacances), et sont les moments où notre liberté est la plus restreinte. Car avant les vacances, on est prêts à accepter n'importe quoi, soulagés d'avance à l'idée d'avoir un moment pour respirer plus tard ; et même lorsqu'elles apparaissent encore lointaines, elles finissent par tomber, ce juste au bon moment. Et quand on se pense enfin libres d'être libres, on est juste captifs d'un rythme de vie calculé, soit libres de se croire libres quand on nous l'impose.
Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les vacances tombaient toujours au bon moment ? Je ne saurais définir depuis quand on se penche sur ce problème, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a bien longtemps que des spécialistes y réfléchissent, et passent leur temps de travail à définir quel serait le moment le plus propice à placer des vacances pour augmenter au maximum la productivité sans pour autant décourager le peuple ou créer des révoltes. Les vacances paraîtraient presque innocentes, plantées là, comme des ventilateurs en été ; et pourtant, elles sont le produit d'un travail fastidieux, l'objet d'un calcul de précision, prenant pour facteur des éléments sociologiques autant que biologiques ou scientifiques. Et précisons que cela s'applique aussi dans le cas des cadres, qui pourraient choisir quand prendre leurs vacances, il y a fort à croire qu'ils auraient idée de les prendre pendant une période scolaire, puisqu'il y a beaucoup de chances pour qu'ils aient des enfants qui aient, eux, leurs vacances imposées ; il ne faut pas se leurrer, c'est le calendrier scolaire qui impose les événements au fil de l'année. Pire : en plus d'être calculées en fonction de ce que le corps humain peut se permettre pour être le plus productif, les vacances sont le fruit de tout un enjeu économique. Une mafia du tourisme s'est développée depuis la généralisation des vacances, et, sous des faux-semblants d'altruisme, de désir de vouloir procurer du plaisir aux autres, on s'affaire à nous créer des rêves paradisiaques que nous consommons allègrement en y investissant tout notre salaire, ou à nous créer l'illusion d'un amusement et donc le désir de revenir, ou encore, aux plus avides d'entre nous, on propose des séjours de boulimie touristique visant à visiter un nombre considérable de lieux dans un laps de temps réduit, ce qui crée une source assurée de consommation. Les gens qui partent en vacances sont donc triplement des victimes : non seulement ils se conforment à la période de liberté qu'on leur impose, mais en plus ils ont l'attitude qu'on leur suggère, puisqu'ils partent, enrichissant le système économique qui s'est basé autour de cette valeur malsaine de "vacances", et finalement, ils s'aveuglent en s'assurant que cela leur convient à merveille.
Et les quatre idiots qui pensent que les vacances sont faites pour la détente ont tout aussi tort : car pourquoi attendre les vacances pour se permettre le repos ? Pourquoi reporter à un moment précis qui nous est imposé ? Une vie saine serait une vie que l'on supporterait tout en n'envisageant pas de vacances. Nous sommes tous égaux devant l'institution des vacances, et nous devrions nous soutenir les uns aux autres ; au lieu de quoi, nous nous narguons : vous en me demandant ce que j'ai fait, moi en vous méprisant pour me l'avoir demandé.
dimanche 4 novembre 2007
Quelqu'un disait :
"Il vaut mieux avoir tort avec Sartre qu'avoir raison avec Aron"
D'aucuns prétendront devant d'autres sachant pertinemment que cela est faux que ce quelqu'un était un proche de Sartre. Et d'autres enfin ne se souviendront plus vraiment d'aucune personne ayant pu prononcer cette phrase.
Finalement, cela n'est pas très important, puisque ce qui nous intéresse, c'est la première partie de la phrase, celle qui dit : il vaut mieux avoir tort avec Sartre. J'énonce cela comme une base, à laquelle il faut adhérer, quoi que l'on pense de ce qu'a accompli Sartre. Jean-Paul est sympa, c'est un chouette mec, c'est notre ami.
Un jour, je me baladais sur l'internet, et puis je suis tombée scotchée devant une vidéo : c'était une interview de Simone de Beauvoir. A la vérité, quand je l'ai vue, je n'ai pas tout de suite compris que je venais d'avoir une prise de conscience. Mais quelques jours plus tard, j'avais une idée récurrente qui me trottait dans la tête, et je me suis demandé : merde, qu'est-ce qui peut m'avoir marquée comme ça, quelle est cette idée qui me hante toute la journée et qui est présente dans tout ce que je dis et fais ? et c'était cette vidéo.
Ce qu'il y a de formidable chez Beauvoir, c'est qu'elle a de la prestance. Elle sait ce qu'elle dit. On pourra les critiquer autant qu'on veut pour ce qui est d'une philosophie universelle, Sartre et Beauvoir avaient une philosophie personnelle bien définie ; ils avaient des principes. Chacune des phrases du Castor est sublime de cohérence. L'homme lui expose une contradiction dans ses paroles. Sans fléchir, elle réfléchit, et il lui suffit d'une seconde pour définir que ses idées ont évolué, mais qu'elle est toujours d'accord avec ce qu'elle avait dit dans un certain sens. Les questions, elle les balaie, une à une, à une vitesse déconcertante. On a à peine saisi la question qu'on en a la réponse. On sent bien que derrière tout ça il y a un fil de pensées, et des idées mûrement réfléchies, remises en questions et réétudiées par mille fois.
Ma révélation, je me demande encore en quoi elle consiste. Peut-être que Beauvoir m'a confirmé quelque chose. L'idée que vivre est un art, et que pour ce faire il faut suivre une voie particulière et s'y tenir, qu'il faut avoir des principes, savoir dans quel sens on va.
Quoi qu'il en soit, et même si l'article qui accompagne ces liens est vraiment nul, et même si on n'est pas d'accord avec, il serait idiot de ne pas regarder cette interview sans plus tarder :
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