jeudi 15 mai 2008

le sable n'existe plus



I
j'ai écouté l'album de MGMT pendant plusieurs jours sur un cd gravé, c'était plaisant, j'ai éprouvé diverses choses, j'ai réussi à ne pas les écouter en pensant au buzz, en pensant à l'autocollant promotionnel, les 4 premières chansons valent vraiment leur pesant de riz aux vermicelles mais je serai raisonnable et je m'arrêterai là pour ManaGeMenT (j'ai dû attendre de lire l'article sur Chronicart pour comprendre qu'il s'agissait d'une abréviation), ça m'a d'ailleurs donné des idées de noms de groupe, si un jour j'en ai un je l'appelerai TKT, pour T'inquiètes, toi même tu savais.
Avec les 10 euros et des paillettes que ça me faisait économiser j'ai acheté l'album de Crystal Castles pour environ 13,99€ au Virgin Megastore de la Défense vers les 17h30, cheveux bouclés et t-shirt rayé si tu passais par là, c'était bien moi.

CRYSTAL CASTLES
c'était il y a un peu plus d'un mois, je devais être en train de préparer mon sandwich pour le midi du lendemain, à la radio l'émission des musiques électroniques sur France Inter, le nom m'échappe, un titre passe, il traverse mon oreille distraite jusqu'à me prendre par surprise et m'émouvoir un peu. en temps normal je suis du genre à éteindre violemment la radio et à couper la parole à celui qui l'a mais exceptionnellement j'ai attendu que la nana prononce le nom du groupe qui passe en espérant qu'elle ne l'a pas fait avant le morceau ou qu'une deuxième chanson ne va pas suivre.
CRYSTAL CASTLES
nom de groupe impossible à retenir, je répète autant de fois qu'il faut les deux mots dans ma tête, je me visualise le truc, des châteaux de crystal, comme celui de Disneyland Paris à 1000 euros tout en crystal de Swarovski qu'on peut admirer dans une boutique qui se trouve dans le château même.
Quelques semaines après on en parle dans technikart, 4 étoiles sur 4, le gros carton, le truc qu'il faut écouté avant que ça arrive dans les colonnes de libération, encore un peu et on aura droit au live sur tracks, des choses comme ça. je n'ai jamais été une fan de musique électronique, je trouve que ça manque de quelque chose, de guitare ou de voix, je n'aime pas la musique qui me fait penser à un cardiographe. Parfois ça me complexe un peu, enfin non plutôt je n'aime pas savoir que mon éclectisme n'est pas si éclectique qu'il le prétend et qu'il est même franchement borné voire sectaire. enfin bon, je fais mon possible, je suis prête à sortir les billets, à me laisser impressionner, je suis finalement quelqu'un d'assez tolérant.

II
une fois chez moi, le cd déshabillé de son cellophane m'a fait pensé qu'à notre époque on peut ouvrir une boîte de thon en moins d'une seconde mais que pour les CD ça reste toujours une guerre qui mobilise ciseaux maped et ongles rongés. mais c'est finalement une des dernières joies réservées aux gens qui achètent encore des CD, l'impatience qui augmente, le CD qu'on fait tourner dans tous les sens à la recherche d'une issue possible, le cellophane qui s'enlève en un morceau, le disque neuf légèrement trop bien enfoncé dans sa matrice.
j'ai retrouvé cette chanson passée sur france inter, elle s'appelle Crimewave et est bouleversante, vraiment classe, comparable au "Night Drive" des Chromatics, un souffle froid et féminin, une tristesse robotisée, un morceau plein d'humilité, dépouillé, le pied blanc et tordu d'une fille qui souffre dans ses étroits talons, un building en hiver, un glaçon amer. Elle chante la mâchoire tiraillée par l'idée de la mort.
CRYSTAL CASTLES

http://myspace.com/crystalcastles

samedi 3 mai 2008

EN CIERLARQUE


(ci-dessus : "image sans aucun rapport pour mon article")




- je vais quand même pas prendre douze bouteilles de champagne
- mais si, on les aura
- mais c'est complètement fou on est quatorze
- écoute je les ai commandées, tu les prends et on les boira à une autre occasion

(et moi de calculer : ça fait un litre par personne) (oui il y en a deux qui ne boivent pas)

20h05 le premier invité arrive, puis, tout se précipite, même ceux qui arrivent délibérément un peu en retard sont là vers 20h30, les bouteilles de champagne s'ouvrent, on se fait des courtoisies, au moins vingt personnes me disent que ma frange me va très bien, je crois qu'on me l'aura presque autant dit que "Alice ? au pays des merveilles !" : "tu as une tête à porter une frange" "j'ai toujours su que tu te ferais une frange" "c'est évident qu'il te fallait une frange". Et du coup je suis presque gênée, les gens aiment mon petit barrage de cheveux, voilà, ils ne veulent plus aller plus loin, ça me va très bien. Il n'y a qu'une personne qui comprend et qui veut me la soulever, cette personne doit être la bonne, revenons au sujet principal.
Déjà quelqu'un présente son cadeau à mon père, alors il s'assied à la table du salon pour l'ouvrir et d'autres cadeaux arrivent, et moi-même je me dis qu'il vaut mieux que mon cadeau soit noyé parmi les autres alors je l'amène, ce n'est pas que j'en ai honte, bien au contraire, mais c'est qu'il est simplement peu consistant, comme dirait Juliette, "on ne dirait pas un cadeau" (mais je trouve ça un peu bébête). Ce sont les mémoires de Robert de Montesquiou, un dandy du début du siècle dernier, qui intéressait beaucoup mon père, et il a eu l'air très content que je lui offre ça, il a même précisé qu'à chaque fois qu'il entrait dans une librairie il regardait s'il n'y avait pas du Robert de Montesquiou, et même à la hune ils ne l'ont pas, et moi je vais à la fnac et je le trouve directement, posé là comme en m'attendant, je trouve même ça suspect, j'aurais aimé devoir le chercher longtemps, comme si cela avait pu donner plus de valeur à mon cadeau, seulement rien à faire, il est bien là à la fnac. Qu'est-ce que j'aime me permettre des phrases tortueuses sans presque aucun sens général, des phrases xénophobes, je les appelle comme ça depuis une seconde c'est leur nouveau nom : ce sont des phrases qu'un étranger qui aurait appris le français comprendrait mot à mot mais pas dans leur totalité, tellement elles sont incohérentes.

je ne sais pas ce que ça signifie mais j'ai toujours un problème à conjuguer le verbe "boire".
je réforme le français et décrète que dorénavant on dira :
je buvrai
tu buvras
il buvra
nous buvrons
vous buvrez
ils buvront



ma mère n'arrête pas de se plaindre elle a été "malade".

quelle idée !

vers 23h les premières personnes se sont mises à partir,
à minuit il n'y avait plus qu'un petit comité, quelqu'un a demandé à sortir le whisky, comme si 1L de champagne par personne + 9L de vin rouge et blanc ne suffisaient pas.

à 21h Georges a dit : "y'a pas d'ambiance !"

moi je trouvais l'ambiance plutôt cool, je ne sais pas comment mon père a fait mais le mode random ne passait que de bonnes musiques, du punk principalement, de mémoire il y a eu "Sex Beat" de Gun Club, la chanson la plus cool et punk que je connaisse, franchement, et puis "I wanna be your dog" des Stooges, "Guns of Brixton" et "Spanish bombs" des Clash, "Like a rolling stone" de Bob Dylan, une reprise de "Running dry (requiem for the rockets)" de Neil Young, "(I'm) stranded" des Saints, peut-être quelques chansons de The piper at the gates of dawn de Pink Floyd avec Syd Barrett. Mon père m'a dit qu'il avait fait un mix, il ne faut pas croire trop au hasard quand même c'était trop beau.

- maman, j'ai mal au ventre depuis deux jours
- ça te fait quoi ?
- ben ça fait mal et ensuite ça part et puis ça revient
- (elle fait un mouvement de contraction) ça te fait comme ça ?
- oui voilà. ça fait comme ça quand on est enceinte ?
- oui ça fait mal comme ça mais encore plus
- ça doit être dur quand même
- si j'ai pu l'faire c'est que tout l'monde peut l'faire !
- c'est vrai.
- tu verras toi quand t'auras des enfants !
- pourquoi "des" ?
- ben peut-être que t'en auras plusieurs non ?
- non moi j'en veux qu'un, je veux qu'il vive comme un enfant unique. en fait j'en veux bien deux mais alors il faut qu'ils vivent dans deux maisons séparées et sans se connaître ! et puis si j'ai des jumeaux je vais quand même pas en tuer un pour que l'autre soit enfant unique mais bon... en fait je crois que les enfants il faut en avoir un ou huit, parce que si t'en as huit t'as quand même une petite chance d'avoir un prodige ! mais huit... c'est un risque à prendre, huit ! ça fait huit fois plus de stress, au moins un seul tes préoccupations sont centralisées...
- oui c'est vrai mais si t'en as qu'un, t'as que ça... tandis qu'si t'en as deux, bon, si t'en as un qui y passe, bon, t'en as un autre !

j'ai découvert la liberté en écriture récemment. c'est quelque chose qui a l'air absolument évident mais en fait pas du tout, il a fallu que quelqu'un le fasse pour que je me rende compte à quel point c'était facile. c'est vrai quoi pourquoi ne pas s'arrêter au milieu d'une histoire et en raconter une autre ainsi de suite tant que le tout tient la route, ce que, bon, c'est vrai, pour le moment, on ne peut pas affirmer.

aujourd'hui mon père a 50 ans.

Gemma a appelé à neuf heures pour le lui souhaiter. J'étais dans la cuisine en train de me la couler douce, à laver des coupes de champagne en regardant par la fenêtre. Je sentais l'auto-contentement monter en moi, un camion poubelle du samedi matin est passé comme pour me le confirmer (j'adore entendre les camions poubelle, en général ça veut dire qu'il est tôt), et le téléphone s'est mis à sonner, j'ai bondi pour décrocher avant qu'il ne sonne une deuxième fois, je ne voulais pas que mes parents soient réveillés. C'était donc Gemma, qui s'excusait d'appeler tôt, mais qui voulait souhaiter un bon anniversaire à mon père. J'ai ressenti beaucoup de choses en même temps, je l'ai détestée pour avoir formulé le joyeux anniversaire avant moi, ce n'est pas que je ne le pensais pas mais je ne l'avais juste pas dit à haute voix et j'ai eu l'impression qu'elle me l'avait volé. En même temps j'avais l'impression d'être dans son roman, parce que l'autre jour j'ai lu son roman, et il y a des histoires de femmes et de maisons de campagne et de téléphone qui permet de connecter les femmes et les maisons de campagne. Elle m'a dit qu'elle partait pour une maison dans la forêt, j'ai vraiment pensé très fort à ce qu'elle écrivait, je me suis dit que peut-être qu'il y aurait des drames là-bas et je l'ai enviée. Dans sa voix, quand elle m'a dit qu'elle était désolée d'appeler tôt, j'ai trouvé quelque chose de différent, je l'imaginais hésiter avant d'appeler et le faire finalement comme sur un coup de tête. Et quand je me suis mise à essayer de parler, que j'ai avancé que j'avais lu son article pour machin, j'ai senti que j'avais écoulé tout le temps qu'elle m'autorisait à parler, alors je n'ai même pas pu lui dire que j'avais lu son roman et le lui commenter, mais dans le fond ça m'arrange. C'est curieux, il n'y a rien de plus intime que de lire quelqu'un, je veux dire, ses mots. Et l'intimité se renforce lorsque c'est un livre publié et destiné à tous en général, parce que les choses ne sont pas personnalisées, l'écrivain n'a plus le même rôle que lorsqu'il est face à soi : il joue un deuxième rôle, le public. Ce qui permet d'en savoir plus sur lui ; c'est un honneur. J'adore le fait que la relation soit à sens unique. Le lecteur se sent à la fois frustré parce qu'il voudrait bien que l'auteur le connaisse autant qu'il le connaît et très supérieur parce qu'il sait des choses sur l'auteur qui lui ne sait rien. L'écrivain est un être généreux, et courageux.



Je vais me faire un thé.

Quelle journée splendide.
Je m'en veux de m'écouter autant, de me laisser mener par le soleil et la pluie. Seulement voilà je n'arrive vraiment pas à faire autrement. Ce soleil me rend folle de joie je n'ai pas été aussi heureuse depuis deux semaines. Il faudrait faire plein de choses mais la culpabilité s'est éclipsée, pour une fois j'arrive à vivre dans le présent. Ce matin, vers 10h, après la vaisselle, je me suis assise à la grande table encore dépliée de la veille encore apposée contre le mur pour servir de buffet. Il y a des chaises partout on dirait qu'un ouragan est passé par là. C'est différent de d'habitude, c'est un jour spécial. J'ai pris mon ordinateur et je l'ai posé là, j'ai pris le sac de fromage auquel on n'avait quasiment pas touché hier et une baguette de pain intacte et j'ai mangé à outrance en écrivant librement comme j'aime. Abondance : c'est le mot qui colle. Il n'y a rien de plus agréable que l'abondance. En vérité ça ne fait pas tellement consommer plus, il y a des gens qui l'ont compris et qui proposent des buffets "illimités", et "tout le monde y trouve son compte". C'est ma nouvelle maxime, tout l'monde y trouve son compte par çi, par là, tout l'monde est heureux comme ça dans l'meilleur des mondes etc.

Et hier soir à papoter au téléphone allongée dans le noir de ma chambre avec ma coupe de champagne, qu'est-ce que j'étais bien. Le pied, vraiment. Les pieds en l'air contre ma fenêtre, les bras coincés dans les pieds d'une chaise retournée, à gigoter sur la moquette. Je pense que regarder les étoiles au petit matin à côté de braises du feu passé n'aurait pas été plus agréable. Pourquoi me suis-je mis ça en tête, maintenant j'en meurs d'envie.

Voilà, si vous lisez cette phrase, merci d'accepter mon existence. Je suis très heureuse d'avoir pu parler un peu de mon bonheur éphémère, délibérément je n'ai pas employé le mot "partagé" parce que je doute d'être parvenue à l'étendre jusqu'à vous, tout au contraire, je me vois bien vous avoir crispés à lire toutes ces conneries, mais ça m'amuse aussi de toute façon ! J'ai décidé de tuer la honte, et d'ici deux siècles il n'y aura plus de définition dans le dictionnaire ! Et je tuerai aussi la retenue, à terme. Vaste programme.

vendredi 25 avril 2008

la pop et la violence



l'album Doolittle des Pixies se divise, un peu à la manière de ceux des Vines, de deux façon : chansons pop/rock parfaites qui te démontent sur place et qui n'ont rien à envier à un "where is my mind?" beaucoup trop souvent écouté, et de l'autre côté les chansons bourrines trop insupportables.
j'ai rarement aimé que partiellement un album, le plus souvent les quelques chansons un peu plus faibles que les autres arrivent tant bien que mal à s'imposer et à plaire ne serait-ce que parce qu'elles sont attendrissantes, mais là, entre deux chansons chialantes on a le droit à un massacre pour tympans. je suis juste incapable d'aimer la musique trop bruyante à part peut-être l'album "Toxicity" de System of a Down (lol).

la tentation de noter chaque chanson de Doolittle est trop puissante, ah je craque,

1- Debaser - 4,5/5
2- Tame - 1/5
3- Wave of Mutilation - 3/5
4- Bleed - 4/5
5- Here comes your man - 4,5/5
6- Dead - 2/5
7- Monkey gone to heaven - 3,5/5
8- Mr. Grieves - 4/5
9- Crackity Jones - 0/5
10- La la love you - 5/5
11- No. 13 Baby - 1/5

12- There goes my gun - 2,5/5
13- Hey - 6/5
14- Silver - 1/5
15- Gouge away - 1,5/5


vendredi 18 avril 2008

the winning days are gone



Si la période de mes 12-14 ans devait se résumer à une musique, à un album, à un groupe et à des clips elle prendrait vite la forme d'un V suivi d'un I d'un N d'un E et d'un S.
C'est très par hasard qu'à l'époque de mes 12 ans je découvre le groupe de Craig Nicholls, je m'en souviens comme d'un premier rendez-vous galant : on était au restaurant avec des amis, à la télé MTV, à la télé le clip de "Ride" des Vines, je fais mine de ne m'y intérésser qu'à moitié et pourtant c'est la première fois de ma vie que je ressens la classe d'un groupe me gicler violemment à la gueule, c'était souvent la même impression, on écoute une chanson rock et on se dit que toute cette musique s'y trouve résumée dedans, un peu comme le courrier des lecteurs zelés de Rock&Folk qui tente de la définir un peu bêtement en commençant leur phrase par "Le rock en 2008 c'est..."
Moi je sais juste que le rock en 2005 c'était The Vines et rien d'autres, c'était une époque où mon rapport à la musique était obsessionnel, j'aimais un groupe, je n'aimais que lui, les autres pouvaient bien aller se faire foutre, l'éclectisme et la culture avec.

Le groupe m'initie malgré lui à une sorte de parcours musical initiatique, dans un premier temps c'est comme ça que je découvre, à 12 ans, toute seule, ma première petite grande salle parisienne : l'Elysée-Montmartre, j'apprends des mots "pogo", "slam", je vois de près pour certainement la première fois de ma vie une guitare électrique (que j'arrive enfin à distinguer d'une basse) et même une batterie, j'achète mon premier t-shirt de concert, bien coupé en plus, qui me vaudra d'être remarquée par un paquet de 3ème de l'époque et surtout : un mec en débardeur rouge qui par sa beauté, ses cheveux longs, sa transpiration, son talent, son inaccessibilité me fait souffrir, on pourrait appeler ça "le complexe de la fosse", cet anonymat qui fait mal, l'adoration frustrée, l'impossibilité de glisser à l'oreille du chanteur le nombre considérable de fois qu'on a écouté ses albums, je l'ai ressenti jusqu'à très récemment durant tous les concerts auxquels j'assistais, maintenant ça s'est calmé, ça a même disparu.
Deuxièmement, avec les Vines je découvre le magazine Rock&Folk, une nana sur un t'chat m'avait dit que le groupe y faisait la couverture, je dis à ma mère de m'acheter le numéro et je me retrouve avec les Pixies au lieu des Vines, je lis quand même la revue et finis par la troquer par mon habituel Rock Mag.
Mais avant d'être une initiation aux endroits où se passe la musique, petite salle comme magazine, The Vines c'est aussi 3 albums, un premier album éponyme et parfait acheté 18€ avant le deuxième qu'un garçon de ma classe m'avait offert pour mes 13 ans et qui possède le livret de paroles le plus chiffonné de toute l'histoire de mes CD. Leurs chansons peuvent se diviser en deux parties qui se valent : les chansons très émouvantes où Craig Nicholls oublie de crier et se réconcilie avec la vie et les autres, celles où ils roulent des yeux et où on arrive même plus à compter les figurants dans les clips.

Je peux dater la fin de ma relation avec le groupe le jour où un grand ami de l'époque me dit sur MSN qu'il vient de consulter leur site officiel où l'on apprenait que Craig Nicholls était atteint d'épilepsie et qu'il n'y aurait donc pas d'album avant longtemps, avec cette nouvelle un peu triste je découvre dans la rubrique "videos" le clip bouleversant "Winning Days" réalisé par Michel Gondry où l'on retrouve le groupe reposé et jouant dans la nature, ensuite j'étais déjà passée à autre chose pour consacrer 15€ à un Craig Nicholls jouflu et que j'imaginais médiocre, qui passait d'une pochette multicolore et enchanteresse, à un fond noir et paresseux. C'était les Vines.


le clip parfait en attendant les mp3

dimanche 13 avril 2008

Ne le lis à personne




La mauvaise littérature, on nous en parle, on connaît des personnes qui la lisent et l'aiment mais on a tout sauf envie de s'aventurer dedans, c'est un mélange de gêne, de dégoût et d'indifférence, ce sont des contrées lointaines et gerbantes où l'impression de passer après plein d'autres lecteurs se fait persistante. On connait ses couvertures et ses principaux acteurs, on sait que Marc Levy aime bien aller chez Guillaume Durand, que Berbard Weber mange des fourmis et que Maxime Chattam est le roi du polar.
De là à croire que la mauvaise litt' pouvait s'échapper des têtes de gondoles, autrement dit l'entrée de ta Fnac préférée entre le nouveau Radiohead et le Dvd de Persepolis, pour se faufiler dans les rayons littérature anglophone. Franchement ça me déçoit.

Récemment, tout à l'heure en fait, j'étais dans le métro en train de lire Martin Eden de Jack London : couverture classe, corpulence imposante façon gros pavé aussi long que la vie, sauf que, j'en étais presque à la page 200 et j'attendais la phrase qui me déciderait enfin à lâcher ce roman plus que moyen, tartiné de bons sentiments tordus et d'héroïsme mou du slibard. Le résumé et la préface nous promettaient l'ascension sociale d'un marin et son suicide qui annonçait celui de Jack London 7 ans après la sortie du roman, le truc tragiculte d'avance avec en bonus une couverture façon Bandini de John Fante.

Et elle était là, la salope



et j'ai eu du mal à contenir un rire qui aurait pu être bruyant si j'avais été chez moi. Je me suis dit que si Jack avait été là il aurait aimé qu'on finisse sur cette phrase et j'aurai été d'accord avec lui, de toute façon j'avais plus assez de force pour continuer.
Je sais pas, à mon avis beaucoup de gens pensent que l'amour est la plus belle chose au monde, même moi parfois quand je repense à des trucs je suis bien tentée de le penser mais ce genre d'idées c'est assez malsain de le formuler en public, tu dois le garder bien cacher dans ton coeur, entre deux artères, entre deux plis du cerveau, mais pas dans un livre.

Alors voilà, franchement je déteste ne pas finir les livres mais là je peux pas faire autrement, comme disait Muse "time is running out", la littérature est aussi vaste que le monde et j'ai pas le temps de m'attarder sur toi Jack, alors on va se quitter page 206 et je jure sur la vie de ma bibliothèque que jamais plus je ne lirai de livre avec écrit ton nom dessus.

Si Alister avait été mon mec il aurait dit à mon livre "qu'est-ce qu'on va faire de toi?" et la question se pose pour tous les mauvais livres dont nous sommes les victimes, que faut-il faire d'eux? les ranger à côté des Houellebecq et faire comme si de rien n'était en prenant le risque qu'une amie s'en approche en demandant "et lui il est bien?"?, les fourrer dans la bibliothèque d'un membre de la famille qui n'angoisse jamais à l'idée que l'harmonie des tranches blanches et régulières soit rompue par celle d'un mauvais bouquin ?, les emmener chez Gibert -la SPA des livres- où l'on touchera 10% de chacun ou attendre qu'un inconscient les réclame sur Amazon ?

excusez moi pour tous ces points d'interrogation, j'en ai horreur mais il me faut une réponse,
les commentaires sont ouverts.




ps : ce n'est pas john fante sur la couverture de bandini.

mercredi 9 avril 2008

"ON VA T'AIMER SANS CONDITIONS"



Il s'appelle Alister, physiquement il serait proche d'un croisement entre un membre du groupe Phoenix qui se serait laissé pousser les cheveux et Jésus Christ, il porte des polos et des vestes en cuir, il pratique l'autodérision seulement quand ça le rend beau, on lui en veut pas de se la péter parce qu'il a tout les droits tellement ses chansons sont fun, et puis qu'est-ce que le talent si on peut même plus crâner? Il s'appelle Alister, il chante en français des trucs déprimants sur des mélodies festives, c'est un chanteur désabusé donc générationnel, c'est le Elli & Jacno 2008, le Damien Saez de ta petite soeur, le seul qui puisse résumer ta vie en moins de quatre minutes et dans la seule langue que tu puisses comprendre. En attendant d'acheter son album et parce qu'il est introuvable sur les plates formes de téléchargement illégal tu peux regarder son clip en boucle, forcément.
La chanson s'appelle "Qu'est-ce qu'on va faire de toi?" et me rappelle le "Soirée disco" de Boris. Azi écoute et essaye de ne pas trop pleurer.

mardi 8 avril 2008

Le Post-it virtuel




J'aime les Post-it, plus jeune je collectionnais toutes les formes, toutes les couleurs, j'en avais mêmes des parfumés assez rares. Je me souviens de ma copine de l'époque, Amandine, qui n'avait commandé que ça pour son anniversaire, sa reum en avait sûrement eu pour un tas de fric aussi épais qu'un bloc de Post-it. Elle en avait en forme de nounours, de trèfle à quatre feuilles, des grands rectangles, des petits carrés, des bulles de BD, le paquet multicolore avec 50 roses, 50 oranges et 50 vert, j'avoue j'étais un peu jalouse parce que ma reum n'aurait jamais accepté un tel gâchis, elle a vécu la guerre et la misère sociale, alors 30€ dans des Post-it quand tu peux écrire sur un bout de feuille blanche chiffonnée par un malencontreux bourrage de papier dans l'imprimante ou derrière une facture SFR...
L'esthétique prévalait sur la fonction et le but était d'en gaspiller le moins possible, on se contentait de les regarder, de prendre les petits tas réguliers dans nos pognes, la vie et le bonheur pouvait se résumer à ça. A l'époque mes cop's et moi n'avions d'yeux que pour le papier à lettres Diddl, les Post-it donc, les trousses en fausse fourrure et les stylos parfumés à 2€ la pièce, on était encore un peu attardée, attirée par les formes primaires, les couleurs criades et le goût acidulé des "couilles de mammouth" et des langues de chat.
Maintenant j'ai grandi, le gâchis me fait mal au coeur, un stylo orphelin de son bouchon ne m'angoisse plus, j'ai connu les Post-it en papier recyclé, un carnet à idées ne suffit plus, mes idées sont trop intimes pour que je les colle n'importe où dans ma chambre que je partage avec ma soeur et j'ai trop souffert des documents Word qui se perdaient à cause d'un redémarrage forcé.
D'où le Post-it virtuel, une des inventions du siècle avec celle de la page Netvibes. Ca doit bien faire depuis janvier que je l'ai et depuis janvier qu'il me comble, le truc c'est que tu peux en ouvrir autant que tu veux, que tes écrits se sauvegardent automatiquement, que tu peux changer la police, la couleur, barrer des trucs, en souligner d'autres, agrandir le Post-it et programmer une alarme et tout ça sans la crainte d'arriver au bout du petit tas jaune fluo, sans gâchis, sans soucis, gratuitement, sereinement, avec le sourire.
Pendant ce temps Amandine essaye toujours de liquider son stock.

Le logiciel ici

mardi 25 mars 2008

présentation d'un roman



Denton Welch est un écrivain, j'ai lu son livre "Soleils brillants de la jeunesse" en 3, 4 jours, c'était après les cours et j'étais assez déprimée le jour où je l'ai acheté, j'avais besoin de claquer du fric, beaucoup de fric dans des livres, dans n'importe quoi et pui sa couverture rouge assez moche et son titre énigmatique et pourtant très clair, ces soleils aux pluriel, tout ça m'a plu, il ne m'en fallait pas plus, j'étais vraiment contente de le posséder en échange de 9 euros, de le ramener chez moi auprès des autres, ses nouveaux amis un peu moins neufs que ceux de la Fnac.

Brièvement c'est l'histoire d'Orvil Quin, 15 ans, en vacances avec son père et ses frères dans un hôtel chic, il passe le plus clair de son temps dans la forêt, il découvre un cimetière d'animaux, jalouse les jeunes de son âge qui font du canoë et campe quand lui reste reclu dans son hotêl, il prend le thé, va au bal, achète des babioles chez un antiquaire. Des vacances passées entre la boue et l'eau du bain, des vacances idéales où la solitude est douce et aspire à s'épanouir. Orvil, comme son auteur, a le goût des belles choses et pour ce dernier une obsession avouée pour le tea time comme principal exercice d'écriture : les théières dodues et gorgées d'eau chaude, les douceurs qu'on culpabiliserait presque de détruire à coups de mâchoire, l'invité qui a le privilège de choisir les motifs de sa tasse, le tintement des cuillères sur les soucoupes. Un univers doucement féminin et délicieux qu'on en viendrait presque à s'en lécher les doigts après chaque tournement de pages.
Tout se termine dans le train en partance pour l'internat, la fin du bonheur, la fin du roman, la fin d'un peu tout, mais une fin dans l'enfance, une fin dans un début, ce n'est jamais tout à fait triste.

Denton Welch était homosexuel, et est mort à 33 ans en 1948.
La préface est de William Burroughs.

Soleils brillants de la jeunesse de Denton Welch - 211 pages - 9 € en poche

Les Occupés sont